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Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, Tome troisième

Note (retour) — PARIS,

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Il serait trop long de raconter sur combien de choses futiles Paul exerçait sa tyrannie. Il avait ordonné, par exemple, que tout le monde saluât son château, même lorsqu'il en était absent. Il avait défendu de porter des chapeaux ronds, qu'il regardait comme un signé de jacobinisme. Des hommes de police avec leur canne faisaient sauter à terre tous ceux qu'ils rencontraient, au grand dépit des personnes que leur ignorance exposait à se faire décoiffer ainsi. En revanche, tout le monde était contraint de porter de la poudre. Dans le temps que parut cette ordonnance, je faisais le portrait du jeune prince Bariatinski, et comme je l'avais prié de ne pas me venir poudré, il y avait consenti. Je le vis arriver un jour, pâle comme la mort. «Qu'avez-vous donc? lui dis-je.--Je viens de rencontrer l'empereur en venant chez vous, me répondit-il encore tout tremblant; je n'ai eu que le temps de me jeter sous une porte cochère, mais j'ai une peur affreuse qu'il ne m'ait aperçu.» Cette terreur du prince Bariatinski n'avait rien de surprenant; elle atteignait les personnes de toutes les classes; car aucun habitant de Pétersbourg n'était sûr le matin de coucher le soir dans son lit. Pour mon compte, je puis dire avoir éprouvé, sous le règne de Paul, la plus effroyable peur que j'aie ressentie de mes jours. J'étais allée à Pergola 1, où je voulais passer la journée, et j'avais avec moi M. de Rivière, mon cocher, et Pierre, mon bon domestique russe. Tandis que M. de Rivière se promenait, avec son fusil, pour tuer des oiseaux ou des lapins (auxquels par parenthèse il ne faisait jamais grand mal), je restais sur les bords du lac, quand, tout à coup, je vis le feu que l'on avait allumé pour faire cuire notre dîner, se communiquer aux sapins, et se propager avec une grande rapidité. Les sapins se touchaient, Pergola n'est pas loin de Pétersbourg!... Je me mis à pousser des cris horribles, en rappelant M. de Rivière, et, la frayeur aidant, tous quatre réunis, nous parvînmes à étouffer l'incendie, non sans nous brûler cruellement les mains; mais nous pensions à l'empereur, à la Sibérie, et l'on peut juger que cela nous donnait du courage!

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