← Table of contents
Souvenirs de Madame Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, Tome second

Note (retour) — AVANT-PROPOS

Reading edition

J'étais dans l'enchantement d'habiter cet hôtel de Maroc, sans parler de l'agrément de mon voisinage. Je jouissais de ma fenêtre de la vue la plus magnifique et du spectacle le plus réjouissant. La mer et l'île Caprée en face; à gauche le Vésuve, qui promettait une éruption par la quantité de fumée qu'il exhalait; à droite le coteau de Pausilippe, couvert de charmantes maisons, et d'une superbe végétation; puis ce quai de Chiaja est toujours si animé qu'il m'offrait sans cesse des tableaux amusans et variés; tantôt des lazzaroni venaient se désaltérer au jet d'eau qui sortait d'une belle fontaine placée devant mes fenêtres, où de jeunes blanchisseuses y lavaient leur linge; le dimanche de jeunes paysannes, dans leurs plus beaux atours, dansaient la tarentelle devant ma maison, en jouant du tambour de basque, et tous les soirs je voyais les pêcheurs avec des torches dont la vive lumière reflétait dans la mer des lames de feu. Après ma chambre à coucher se trouvait une galerie ouverte qui donnait sur un jardin rempli d'orangers et de citronniers en fleurs; mais comme toute chose ici-bas a ses inconvéniens, mon appartement en avait un dont il me fallut bien prendre mon parti. Pendant plusieurs heures de la matinée je ne pouvais ouvrir mes fenêtres sur le devant, attendu qu'il s'établissait au-dessous de moi une cuisine ambulante où les femmes faisaient cuire des tripes dans de grands chaudrons, avec de l'huile infecte dont l'odeur montait chez moi. J'étais réduite à regarder la mer à travers mes carreaux. Qu'elle est belle cette mer de Naples! bien souvent j'ai passé des heures à la contempler la nuit, quand ses flots étaient calmes et argentés par le reflet d'une lune superbe. Bien souvent aussi j'ai pris un bateau pour faire une promenade, et jouir du magnifique coup d'oeil que présente la ville, que l'on voit alors tout entière, s'élevant en amphithéâtre. Le chevalier Hamilton avait sur le rivage un petit cazin où j'allais quelquefois dîner 9. Il faisait venir de jeunes garçons qui, pour un sou, plongeaient dans la mer pendant plusieurs minutes; quand je tremblais pour eux, je les voyais remonter triomphans, leur sou à la bouche.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings