Note (retour) — AVANT-PROPOS (continued 3)
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J'allais souvent aussi me promener de très grand matin avec ma fille à l'île de Krestowski. L'extrémité de cette île parait joindre la mer sur laquelle naviguaient de grandes barques. L'horizon n'avait point de bornes, et cette vue était calme et belle. Nous y allâmes au soir pour voir danser les paysannes russes, dont le costume est si pittoresque. Puis un jour du mois de juillet de je ne sais quelle année, pendant laquelle la chaleur fut plus forte qu'en Italie, je me souviens que la mère 33 de la princesse Dolgorouki, ne pouvant la supporter, s'était établie dans sa cave; sa dame de compagnie, moins susceptible, restait sur les marches élevés, et lui faisait la lecture. Mais pour en revenir à l'île de Krestowski, comme nous faisions une promenade en bateau, nous rencontrâmes une multitude d'hommes et de femmes, se baignant tous pêle-mêle. Nous vîmes même de loin des jeunes gens tout nus à cheval, qui allaient ainsi se baigner avec leurs chevaux. Dans tout autre pays un grand scandale naîtrait de pareilles choses; mais il en est autrement là où règne l'innocence de la pensée. Aucune indécence ne se passait, personne ne songeait à mal; car le peuple russe a vraiment l'ingénuité de la première nature. Dans les familles, l'hiver, le mari, la femme, les enfans, se couchent ensemble sur leur poêle; si le poêle ne suffit pas, ils s'étendent sur des bancs de bois, rangés autour de leur hangard, enveloppés seulement de leur peau de mouton. Enfui ils ont conservé les moeurs des anciens patriarches.