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Sésame et les lys

Note 41 — JOHN RUSKIN

Marcel Proust translation

En réalité la place que nous désirons occuper dans la société des morts ne nous donne nullement le droit de désirer en occuper une dans la société des vivants. La vertu de ceci devrait nous détacher de cela. Et si la lecture et l'admiration ne nous détachent pas de l'ambition (je ne parle bien entendu que de l'ambition vulgaire, celle que Ruskin appelle «désir d'avoir une bonne situation dans le monde et dans la vie»), c'est un sophisme de dire que nous nous sommes acquis par les premières le droit de sacrifier à la seconde. Un homme n'a pas plus de titres à être «reçu dans la bonne société» ou du moins à désirer l'être, parce qu'il est plus intelligent et plus cultivé. C'est là un de ces sophismes que la vanité des gens intelligents va chercher dans l'arsenal de leur intelligence pour justifier leurs penchants les plus vils. Cela reviendrait à dire que d'être devenu plus intelligent, crée des droits à l'être moins. Tout simplement diverses personnes se côtoient au sein de chacun de nous, et la vie de plus d'un homme supérieur n'est souvent que la coexistence d'un philosophe et d'un snob. En réalité il y a bien peu de philosophes et d'artistes qui soient absolument détachés de l'ambition et du respect du pouvoir, «des gens place». Et chez ceux qui sont plus délicats ou plus rassasiés, le snobisme se substitue à l'ambition et au respect du pouvoir, comme la superstition s'élève sur la ruine des croyances religieuses. La nature morale n'y gagne rien. D'un philosophe mondain ou d'un philosophe intimidé par un ministre, c'est encore le second qui est le plus innocent. (Note du traducteur.)

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