Note 38 — JOHN RUSKIN
Marcel Proust translation
C'est en obéissant à une pensée de ce genre que le père de Stuart Mill lui fit commencer le grec à trois ans, et lire avant l'âge de huit ans tout Hérodote, la Cyropédie et les Mémorables, les Vies de Diogène Laerce, une partie de Lucien, Isocrate et six dialogues de Platon, dont le Théétête. «Il me mit ainsi, dit Stuart Mill, en avance d'un quart de siècle sur mes contemporains.» À cette manière de concevoir la vie on peut opposer le bel Essai de Taine, où il montre que ce sont les heures de flânerie qui sont les plus fécondes pour l'esprit. Et en allant jusqu'à l'autre excès on peut trouver charmant et même poétique, sinon profitable pour l'esprit (qui sait, d'ailleurs, s'il ne pourrait pas l'être), le genre de vie si bien décrit par George Eliot dans une page d'Adam Bede. «Même l'oisiveté est active maintenant, curieuse du musées, de littérature périodique, même des théories scientifiques avec aide du microscope. Le vieux Loisir était un personnage tout différent; il ne lisait qu'une innocente gazette privée d'articles de fond... Il vivait principalement à la campagne, au milieu d'agréables résidences de famille. Il aimait à flâner au parfum de l'abricotier, à s'étendre sous les ombrages. Il ne connaissait rien des assemblées religieuses de la semaine et n'en pensait pas plus mal du sermon du dimanche qui le laissait dormir depuis le texte jusqu'à la bénédiction... Il avait une conscience facile... pouvant supporter une forte quantité de bière ou de porto; les doutes, les scrupules et les aspirations ne l'avaient pas rendu délicat... Bon vieux Loisir, ne soyez point sévère pour lui, etc.» (Adam Bede, traduction d'Albert Durade, tome II, pages 340 et 341.) (Note du traducteur.)