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Sésame et les lys

Note 32 — JOHN RUSKIN

Marcel Proust translation

Naturellement cette distinction subsiste dans la théorie que nous esquissions tout à l'heure. Un homme ne peut nous inspirer que si nous l'entendons dans la solitude, c'est-à-dire si nous le lisons, mais encore faut-il qu'il ait été lui-même inspiré. La solitude nous permet seulement de nous mettre dans l'état où lui-même se trouvait, état qui ne pouvait se produire si le livre était un livre parlé; on ne peut pas plus lire qu'écrire en parlant. En relisant cette phrase de Ruskin: «un livre est une chose non parlée, mais écrite,» je sens que je l'ai moins contredit que je ne croyais le faire. Mais il reste en tous cas que si le livre est une chose non parlée mais écrite, c'est aussi une chose lue et non écoutée dans une conversation, et qui ne peut en conséquence être assimilée à un ami. Si Ruskin ne l'a pas dit, c'est que c'est un des aspects originaux de son génie d'unir à l'insistance qui approfondit d'un Carlyle, la simplicité sereine et enveloppée (et non inquiète et développée), le sourire, le côté «esthétique» des Grecs. Il n'a pas essayé d'analyser l'état d'âme original du «lecteur». (Note du traducteur.)

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