Note 2 — Chapter III · FULTON’S FIRST SUBMARINE
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Citoyen Ministre
Il y a maintenant vingt mois que je présentai pour la première fois le plan de mon Nautile à l’Ex-Directeur La Reveillere Lepaux; il le présenta au Dirèctoire qui eu ordonna le renvoi au Ministre de la Marine Pléville, et enfin il fut rejeté après cinq mois de discussions. Reproduit sous l’administration du citoyen Bruix, il eut le même sort après environ quatre mois d’attente, un accueil si peu favorable de la part des premiers magistrats de la France, dont le devoir est d’encourager les découvertes tendantes à propager la Liberté et à établir l’harmonie entre les nations, me prouve qu’ils s’étaient fait une idée fausee des effets tant phisiques que moraux de cette Machine.
Voyons d’abord quels seraient pour la France les effets immédiats du Nautile. La perte du premier Bâtiment anglais qui serait détruit par un moyen extraordinaire, jeterroit le Gouvernement Britannique dans le dernier embarras; il sentiroit que par le même moyen on pourroit détruire toute sa marine; que par le même moyen il seroit possible de bloquer la Tamise et de couper tout le commerce de Londres. Quelle seroit, dans de pareilles circonstances, la consternation de l’Angleterre? Comment Pitt soudoyeroit-il alors les puissances coalisées? It en résulteroit que, privée des guinées de Pitt, la Coalition s’evanouiroit, et que la France, ainsi delivrée de ses nombreux ennemis, pourrait travailler sans obstacle a l’affermissement de sa liberté et à la paix.
Après avoir ainsi montré les heureux effets qui résulteroient immédiatement du succès du Nautile, je passe aux objections aussi vulgaires que peu philosophiques, élevées contre cette machine. Je ferai voir ensuite comment le Nautile peut contribuer à propager la véritable Liberté et à établir l’harmonie entre les peuples.
La première objection est que si la France se servoit du Nautile contre l’Angleterre, l’Angleterre pourroit également eu faire usage contre la France; mais il ne me paroit nullement vraisemblable que les Anglais s’en servent contre la France, car avant qu’ils en connussent la mécanique, la France pourroit, comme je l’ai dit, bloquer la Tamise, couper le commerce de Londres et réduire par là le cabinet de St. James aux termes de la plus entière soumission;
C’est la force navale de l’Angleterre qui est la source des horreurs incalculables qui se commettent journellement; c’est la marine anglaise qui soutient le gouvernement anglais, et c’est ce gouvernement qui, par ces intrigues, a été la cause des deux tiers des crimes qui ont signalé le cours de la revolution.
Si par le moyen du Nautile on réussissoit à detruire la marine anglaise, on pourroit, avec une flotte de Nautiles, bloquer la Tamise, jusqu’à ce que l’Angleterre fut républicanisée; bientôt l’Irelande secoueroit le joug et la monarchie anglaise seroit anéantie. Une nation riche et industrieuse viendroit ainsi augumenter le nombre des républiques de l’Europe, et ce seroit avoir fait un pas immense vers la liberté et la paix universelle.
Si l’Angleterre adoptait le gouvernement républicain, je ne doute pas que la France et elle n’ensevelissent dans l’oubli ces vieilles haines et cette fatale rivalité fomentées par la stupide aristocratie. Les deux Républiques se traiteroient en soeurs, donneroient à leur commerce respectif une entière liberté et, dans ce cas, n’auroient besoin, ni l’une ni l’autre de marine militaire; ainsi l’amitié, malgré le préjugé vulgaire, uniroit deux grands peuples, et l’humanité respireroit.
De légères circonstances produisent souvent de grands changemens dans les opérations des hommes. La Boussole a donné au commerce une extension sans bornes et a multiplié les lumières; l’invention de la poudre a changé tout l’art de la guerre, sans en dimineur les horreurs. J’espère que le Nautile non seulement détruira les marines militaires, mais en brisant ces instrumens destructeurs dans les mains de l’aristocratie, servira la cause de la liberté et de la paix. Je vous ai présenté ici, d’une maniere claire et impartiale une partie de ses heureux effets, et je suis loin de me faire aucun merité de l’avoir imaginé le premièr. L’idée pouvoit en venir à tout autre ingenieur qui cherche avec autant d’ardeur que moi à faire triompher la cause de l’humanité.