Note 45 — CHAPITRE II.
Reading edition
J’avais rédigé cette partie de ma relation, lorsque MM. Denham et Clapperton ont publié leur important voyage dans l’intérieur de l’Afrique, conjointement avec celui de feu M. Oudney. Les détails que contient cet ouvrage sur certaines lettres des Touariks, me paraissent avoir assez d’analogie avec les signes dont je viens de faire mention, pour m’engager à exposer quelques idées à ce sujet. Je me servirai de la traduction française de MM. Eyriès et de La Renaudière ; son exactitude est plus que suffisamment garantie par les noms des deux savants traducteurs.
Voici les lettres des Touariks, avec l’interprétation de leur son, telles que les voyageurs les ont publiées :
Yet.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/d2b027b67c7cb174.png)
Yout.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/40424a9f84295fd5.png)
Youf.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/7a1f237c438c29d5.png)
Yow.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/a50ab6c3e578f3c2.png)
Ê.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/11cfe3c19bdbdfc2.png)
Yib.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/9f88e9bd83f6afbc.png)
Yes.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/f25873e6a742217d.png)
Yim.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/1b86ec27724ab480.png)
Yiche.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/c0157461396f3ece.png)
Yiu.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/a2e70a57f800f5b2.png)
Youz.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/03421dec1fd198bd.png)
Jz.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/05c7a71893c5f8e8.png)
...
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/eb430b1457278591.png)
You.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/58f0e10012026b28.png)
Yid.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/382a98544064ccb9.png)
Yir.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/e9c493c2464859f0.png)
Yei.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/6b953640611a68ff.png)
Yaï.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/6425e3e03714bc0e.png)
Yin.
![[Lettre tifinagh]](/illustrations/ac2d8ca39a47ee7e.png)
M. Oudney vit pour la première fois plusieurs de ces caractères sur un monument romain, à Germa, dans le Fezzan (t. I, p. 65), et dans la suite il en trouva un plus grand nombre tracés sur les rochers, dans tous les lieux fréquentés par les Touariks (id. p. 68 et 105). Il remarqua que quelques-uns de ces caractères avaient évidemment plusieurs siècles, et que d’autres étaient très-récents[a] (id. pag. 69) ; enfin il fit la rencontre d’une personne qui en connaissait plusieurs, mais il lui fut impossible de trouver quelqu’un qui les comprît tous (id. page 70), ni un seul livre écrit dans cette langue (id. p. 99). Cette découverte, ajoute-t-il, mit son esprit en repos sur ce sujet.
M. Oudney a négligé de nous apprendre si ces caractères formaient des inscriptions suivies : il dit, il est vrai, qu’ils sont écrits indifféremment de gauche à droite, ou de droite à gauche, ou horizontalement ; ce qui, loin de prouver aucune série réelle entre eux, semble indiquer, au contraire, dans la position de ces lettres, le même désordre que j’ai observé dans celle des signes. Des indigènes ont articulé devant les voyageurs le son de ces caractères, mais aucun ne les connaissait tous, et néanmoins M. Oudney a observé que plusieurs paraissaient tracés très-récemment. Or si personne parmi les Touariks ne connaissait toutes ces lettres, comment pouvaient-ils en faire usage ? et s’ils en faisaient usage, n’auraient-ils eu d’autres livres que des rochers ?
Remarquons maintenant que tout ce qui paraît invraisemblable comme lettres d’un alphabet, s’explique naturellement comme signes de tribus arabes.
Presque tous les Touariks sont nomades, assure M. Oudney (t. I, p. 71). J’ai dit que tous les nomades d’Afrique[b] et de plusieurs autres pays, ont l’habitude de distinguer leurs tribus par des marques qu’ils tracent très-souvent sur les monuments et sur les rochers ; il ne me paraîtrait donc point surprenant que les Touariks eussent multiplié les marques de leurs tribus sur des rochers, puisqu’ils préfèrent les lieux solitaires, et qu’ils ont souvent cherché un asile dans les montagnes (id. pag. 71).
On a trouvé ces lettres alphabétiques dans les déserts, chez des nomades, et non dans les villes chez des hommes sédentaires. Les indigènes n’en connaissaient qu’un certain nombre ; les unes paraissaient très-récentes, et les autres très-anciennes : rien de plus naturel, si l’on suppose que ces marques, comme celles que j’ai vues, appartiennent à des tribus de diverses époques.
Enfin, pour terminer ces comparaisons, M. Oudney n’a pu trouver aucun livre écrit en caractères touariks, de même que M. Scholz a cherché inutilement dans la Marmarique[c] une inscription entière en signes dont plusieurs sont positivement arabes.
Je n’ignore point qu’il est des personnes tellement idolâtres de tout ce qui appartient à une époque reculée, que récusant peut-être l’identité relative des faits que j’ai exposés, elles seront tentées de reconnaître dans ces marques ou caractères, tant du littoral que de l’intérieur de la Libye, une analogie vague, et par cela même précieuse, avec des langues actuellement éteintes. De ce que les Phéniciens se sont incorporés anciennement avec les Libyens de la côte, comme l’indique Hérodote ; de ce qu’il paraît qu’ils furent ensuite chassés avec ceux-ci dans l’intérieur des terres, soit par les armes des Romains, soit par l’invasion de l’islamisme, ces personnes pourront supposer qu’ils se soient réfugiés dans les montagnes des Garamantes, où ils eussent formé un peuple à part, qui aurait conservé jusqu’à nos jours des traces de leur ancien alphabet ; et ce peuple serait les Touariks.
J’avoue qu’une pareille origine donnée à ces signes, ou, si l’on veut, à ces caractères, flatte plus l’imagination que mes vulgaires rapprochements, et qu’il est plus beau d’élever un édifice que de le détruire.
Mais, à ce propos, je rappellerai un fait remarquable, et qui pourrait ne pas lui être absolument étranger. Le savant Gébelin avait cherché long-temps les emblèmes de mystères profonds dans les inscriptions et les figures d’animaux gravées sur les rochers du mont Liban, lorsque MM. Montaigu et Volney reconnurent que ces inscriptions et ces dessins avaient été tracés par les Grecs qui se rendent annuellement en pélerinage au couvent situé sur cette montagne.
[a]M. Scholz a fait la même remarque pour les signes de la Marmarique (Voyag. à Paræt. p. 50).
[b]Je sais que les Touariks, comme les autres nomades, mettent la marque de leurs tribus sur leurs chameaux.
[c]Voyage d’Alexandrie à Parætonium (en allemand), pag. 54.