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Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte)

Note 8 — PREMIÈRE PARTIE.

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زطاط, pluriel زطاطة. Dans toutes les tribus indépendantes du Maroc, ainsi que dans celles qui sont imparfaitement soumises, la manière de voyager est la même. On demande à un membre de la tribu de vous accorder son ạnaïa, « protection », et de vous faire parvenir en sûreté à tel endroit que l’on désigne : il s’y engage moyennant un prix qu’on débat avec lui, zeṭaṭa : la somme fixée, il vous conduit ou vous fait conduire par un ou plusieurs hommes jusqu’au lieu convenu ; là on ne vous laisse qu’en mains sûres, chez des amis auxquels on vous recommande. Ceux-ci vous mèneront ou vous feront mener plus loin dans les mêmes conditions : nouvelle ạnaïa, nouvelle zeṭaṭa, et ainsi de suite. On passe de la sorte de main en main jusqu’à l’arrivée au terme du voyage. Ceux qui composent l’escorte sont appelés zeṭaṭ ; leur nombre est extrêmement variable, je l’indiquerai toujours : on verra qu’un seul homme suffit parfois, lorsque ailleurs, souvent très près, quinze ne suffisent pas. L’usage de l’ạnaïa, appelé aussi mezrag, forme une des principales sources de revenu des familles puissantes. C’est à elles, en effet, que les voyageurs s’adressent de préférence, la première condition chez un zeṭaṭ étant la force de faire respecter son protégé. Il y a une seconde qualité non moins essentielle qu’il faut chercher en lui : c’est la fidélité. En des lieux où il n’y a ni lois ni justice d’aucune sorte, où chacun ne relève que de soi-même, des zeṭaṭs peuvent piller, égorger, chemin faisant, les voyageurs qu’ils avaient promis de défendre ; nul n’a un mot à leur dire, nul n’a un reproche à leur faire ; c’est un accident contre lequel rien au monde ne peut garantir : une fois en route avec des zeṭaṭs, on est entièrement à leur merci. Aussi faut-il les choisir avec la plus grande prudence et, avant de demander à un homme son ạnaïa, s’informer minutieusement de sa réputation. D’ailleurs, quoiqu’on en voie un très grand nombre qui trahissent, soit ouvertement en vous pillant eux-mêmes, soit par stratagème en vous faisant dépouiller par un parti plus nombreux auquel ils donnent le mot ; quoiqu’il y en ait d’autres qui vous abandonnent, chemin faisant, après s’être fait payer d’avance, ou bien qui ne consentent à vous accompagner jusqu’au bout qu’à condition d’augmenter leur salaire, malgré ces genres divers de trahison, genres que j’ai expérimentés tous sans exception, on trouve aussi des hommes honnêtes qui, les uns par sentiment d’honneur, les autres pour garder intacte une réputation source de nombreux bénéfices, non seulement vous conduisent fidèlement jusqu’à la fin, mais montrent même un dévouement qui va jusqu’à risquer leur vie pour vous défendre.

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