Note 26 — PREMIÈRE PARTIE.
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On appelle ainsi le chanvre indien, connu ailleurs sous le nom de ḥachich. On ne le désigne au Maroc que sous celui de kif. Il s’en fait en ce pays une grande consommation. Dans les villes, l’usage en est extrêmement répandu : la plus grande partie des classes moyenne et pauvre, les petits marchands, tout ce qui est mkhazni, soldat, la plupart des esclaves l’y fument. Le tabac est moins à la mode ; s’en sert-on, c’est presque toujours mélangé au kif. Les Juifs seuls ont l’habitude de la cigarette. La consommation du kif et du tabac est assez importante pour que le sultan se soit réservé le monopole de leur introduction dans les villes, monopole qu’il afferme soit à des compagnies, soit à des particuliers. A Fâs, c’est une société de vingt Israélites qui le possède en ce moment. Sfrou et Tâza dépendent de cette même société. La plus grande partie du kif et du tabac qui pénètrent dans ces villes vient du Rif ; plusieurs tribus y vivent presque exclusivement du revenu de cette culture : parmi elles on cite les Ketâma, petite tribu voisine des Beni Zerouâl ; ses produits sont les plus renommés du nord du Maroc.
La difficulté de se procurer du kif dans les campagnes fait que l’usage de le fumer y est bien moins répandu que dans les villes : le prix en étant plus élevé, il y devient un luxe ; au lieu d’être, comme dans les cités, la consolation de la classe pauvre, il y devient la distraction des riches, et surtout des cherifs et des marabouts. Ces derniers sont à peu près les seuls qui l’y fument : on peut presque partout les reconnaître au double usage du kif et de l’eau-de-vie (maḥia), qui forme un de leurs caractères distinctifs. Quant au tabac, une fois sorti des villes, je le verrai disparaître complètement jusqu’au Sahara ; mais là je trouverai vers Tisint, Tatta, Aqqa, une vaste région où tout le monde le fume du matin au soir : les tabacs à la mode y sont ceux du Touat, du Dra, et surtout d’Ouad Noun.