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Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte)

Note 19 — PREMIÈRE PARTIE.

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Il faut aussi compter parmi les obstacles au commerce l’absence d’un système monétaire uniforme. Il y a bien une unité monétaire, le mitqal, se divisant en dix ouqia. Mais c’est une valeur toute théorique ; il n’existe point de monnaie la représentant : on se sert de pièces étrangères et de quelques rares pièces du pays, les unes et les autres changeant de valeur dans chaque ville, dans chaque tribu. Les pièces en usage sont :

Le real (pièce de 5 francs, française ou espagnole) : il a cours partout ; c’est la monnaie principale, l’unité dont on se sert pour tous les comptes, toutes les évaluations.

La peceta (pièce de 1 franc ; 5 valent un real) : toutes les pièces d’un franc françaises ou espagnoles passent dans les grandes villes ; hors de là n’ont cours que les vieilles pecetas espagnoles du siècle dernier ou des dix premières années de celui-ci.

Diverses monnaies marocaines en argent. Il y en a d’une foule de modèles, les unes anciennes, les autres neuves ; les plus fortes sont un peu plus grosses qu’une pièce de 0 fr. 50 : on ne leur donne pas d’autre nom que celui de leur valeur en ouqias, valeur qui change en chaque lieu. Elles passent dans tout le Maroc, mais avec une valeur relative moindre que celle des pièces européennes.

Les pièces de 2 francs, de 0 fr. 50 et de 0 fr. 20, n’ont cours que dans les grandes villes ; il en est de même de toute la monnaie d’or. Les populations des campagnes et des petites localités, n’ayant pas le moyen de la contrôler, refusent de l’accepter, craignant d’en prendre de fausse.

Comme monnaie de cuivre, on se sert d’une monnaie nationale dont l’unité est la mouzouna. On compte quatre mouzounas dans l’ouqia et 40 dans le mitqal. Cette monnaie est en usage dans tout le Maroc ; sa valeur y est uniforme : c’est la seule pour laquelle il en soit ainsi. Il n’y a pas de pièces d’une mouzouna ; il y en a de 2/3 de mouzouna, de 1/6 de mouzouna, etc.

Croquis du Maroc
Croquis du Maroc

La pièce de 5 francs, seule unité pratique, a une valeur qui diffère en chaque lieu ; de plus, en un même point, cette valeur n’est pas fixe, elle oscille sans cesse entre certaines limites. Voici ce qu’elle valait en divers endroits, aux époques où je les ai traversés : Tanger, Tétouan, El Qçar, Fâs, Meknâs, 10 mitqals ; — de Meknâs à Demnât, 8 à 9 mitqals ; — Demnât, Zaouïa Sidi Reḥal, 10 mitqals ; — Tazenakht, 10 à 11 mitqals ; — Zenâga, 8 à 9 mitqals ; — Tisint, 4 mitqals 1/2 à 5 mitqals ; — Tatta, Aqqa, Isaffen, Ilalen, Chtouka, Agadir Iṛir, partie méridionale de la tribu des Ḥaḥa, tout le Sahel marocain, de 3 mitqals 1/2 à 4 mitqals 1/2 ; — Iliṛ (sur l’Ouad S. Moḥammed ou Iạqob), 12 mitqals ; — Taroudant, Houara, Menâba, 12 mitqals 1/2 ; — partie septentrionale de la tribu des Ḥaḥa, Mogador, 12 à 13 mitqals ; — Mezgîṭa, Aït Seddrât, 11 mitqals 1/2 ; — Tinzoulin, 8 mitqals ; — toute la partie du pays de Dra située au sud du Tinzoulin, Tazarin, Todṛa, Ferkla, Tafilelt, 4 mitqals ; — Dâdes, 4 mitqals 1/2 ; — Qçâbi ech Cheurfa, Misour, Ouṭat Oulad el Ḥadj, 9 mitqals ; — Debdou, 2 mitqals 1/2 (c’est-à-dire 100 mouzounas : on a adopté cette valeur pour pouvoir compter d’après la règle française ; dans ces conditions chaque mouzouna vaut 5 centimes ; on compte à Debdou par douros, francs, sous). — Qaçba el Ạïoun, 3 mitqals.

Ainsi qu’on le voit, la pièce de 5 francs ou real vaut de 8 à 12 mitqals dans le nord et dans le centre du Maroc. Cette valeur baisse brusquement et tombe à 4 mitqals, parfois même à moins, dans le Sahel (nom de la région qui borde l’Océan au sud de l’Ouad Sous) et dans le Sahara. De même, à Debdou et aux environs de la frontière française, la nécessité de se rapprocher de notre système a fait, dans une zone restreinte, tomber le real à 2 mitqals 1/2 et 3 mitqals.

Dans ces monnaies de valeur si variable, il circule beaucoup de pièces fausses : il en existe parmi les reals ; il en existe surtout parmi les pecetas espagnoles, qui sont la monnaie la plus commune. Ces anciennes pièces, à empreinte souvent effacée, sont d’une imitation facile ; aussi dans celles qui servent actuellement s’en trouve-t-il plus de fausses que d’authentiques. Ce sont les Juifs, les ṭalebs, les cherifs, qui les confectionnent, tous ceux, en un mot, qui ont quelque instruction : la plupart d’entre eux s’occupent d’alchimie et, en attendant qu’ils découvrent la pierre philosophale, font de la fausse monnaie. Dans ces conditions, on ne reçoit d’argent qu’avec les plus grandes précautions ; le moindre payement exige, dans les campagnes surtout, un temps infini ; on n’accepte une pièce qu’après l’avoir tournée, examinée, montrée à deux ou trois personnes, fait voir à un Juif, s’il s’en trouve. Quant aux monnaies d’or, on n’en veut point, tant on craint d’en prendre de fausses. Enfin il n’y a pas jusqu’à celles de cuivre qui ne soient souvent falsifiées.

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