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Principes de la Philosophie de l'Histoire

Note 75 — LIVRE TROISIÈME. DÉCOUVERTE DU VÉRITABLE HOMÈRE.

Jules Michelet translation

1. Nous avons déjà dit plus haut que toutes les anciennes histoires profanes commencent par des fables; que les peuples barbares, sans communication avec le reste du monde, comme les anciens Germains et les Américains, conservaient en vers l'histoire de leurs premiers temps; que l'histoire romaine particulièrement fut d'abord écrite par des poètes, et qu'au moyen âge celle de l'Italie le fut aussi par des poètes latins.—2. Manéthon, grand pontife d'Égypte, avait donné à l'histoire des premiers âges de sa nation, écrite en hiéroglyphes, l'interprétation d'une sublime théologie naturelle; les philosophes grecs donnèrent une explication philosophique aux fables qui contenaient l'histoire des âges les plus anciens de la Grèce. Nous avons, dans le livre précédent, tenu une marche tout-à-fait contraire: nous avons ôté aux fables leurs sens mystique ou philosophique pour leur rendre leur véritable sens historique.—3. Dans l'Odyssée, on veut louer quelqu'un d'avoir bien raconté une histoire, et l'on dit qu'il l'a racontée comme un chanteur ou un musicien. Ces chanteurs n'étaient sans doute autres que les rapsodes, ces hommes du peuple qui savaient chacun par cœur quelque morceau d'Homère, et conservaient ainsi dans leur mémoire ses poèmes, qui n'étaient point encore écrits. (Voy. Josephe contre Appion.) Ils allaient isolément de ville en ville en chantant les vers d'Homère dans les fêtes et dans les foires.—4. D'après l'étymologie, les rapsodes (de ραπτειν, coudre, ωδας, des chants), ne faisaient que coudre, arranger les chants qu'ils avaient recueillis, sans doute dans le peuple même. Le mot Homère présente dans son étymologie un sens analogue, ομου, ensemble, ειρειν, lier. ομηρος signifie répondant, parce que le répondant lie ensemble le créancier et le débiteur. Cette étymologie, appliquée à l'Homère que l'on a conçu jusqu'ici, est aussi éloignée et aussi forcée qu'elle est convenable et facile relativement à notre Homère, qui liait, composait, c'est-à-dire mettait ensemble les fables.—5. Les Pisistratides divisèrent et disposèrent les poèmes d'Homère en Iliade et en Odyssée. Ceci doit nous faire entendre que ces poèmes n'étaient auparavant qu'un amas confus de traditions poétiques. On peut remarquer d'ailleurs combien diffère le style des deux poèmes.—Les mêmes Pisistratides ordonnèrent qu'à l'avenir ces poèmes seraient chantés par les rapsodes dans la fête des Panathénées (Cicéron, De naturâ deorum. Elien).—6. Mais les Pisistratides furent chassés d'Athènes peu de temps avant que les Tarquins le fussent de Rome, de sorte qu'en plaçant Homère au temps de Numa, comme nous l'avons fait, les rapsodes conservèrent long-temps encore ses poèmes dans leur mémoire. Cette tradition ôte tout crédit à la précédente, d'après laquelle les poèmes d'Homère auraient été corrigés, divisés et mis en ordre du temps des Pisistratides. Tout cela eût supposé l'écriture vulgaire, et si cette écriture eût existé dès cette époque, on n'aurait plus eu besoin de rapsodes pour retenir et pour chanter des morceaux de ces poèmes.[75]

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