Note 44 — LIVRE SECOND. DE LA SAGESSE POÉTIQUE.
Jules Michelet translation
À l'appui de ces vérités nous présenterons les suivantes: chez les Grecs, le mot nom signifia la même chose que caractère[44], et par analogie, les pères de l'Église traitent indifféremment de divinis caracteribus et de divinis nominibus. Nomen et definitio signifient la même chose, puisqu'en termes de rhétorique, on dit quæstio nominis pour celle qui cherche la définition du fait, et qu'en médecine la partie qu'on appelle nomenclature est celle qui définit la nature des maladies.—Chez les Romains, nomina désigna d'abord et dans son sens propre les maisons partagées en plusieurs familles. Les Grecs prirent d'abord ce mot dans le même sens, comme le prouvent les noms patronymiques, les noms des pères, dont les poètes, et surtout Homère, font un usage si fréquent. De même, les patriciens de Rome sont définis dans Tite-Live de la manière suivante, qui possunt nomine ciere patrem. Ces noms patronymiques se perdirent ensuite dans la Grèce, lorsqu'elle eut partout des gouvernemens démocratiques; mais à Sparte, république aristocratique, ils furent conservés par les Héraclides.—Dans la langue de la jurisprudence romaine, nomen signifie droit; et en grec, νομος, qui en est à-peu-près l'homonyme, a le sens de loi. De νομος, vient νομισμα monnaie, comme le remarque Aristote; et les étymologistes veulent que les Latins aient aussi tiré de νομος, leur nummus. Chez les Français, du mot loi vient aloi, titre de la monnaie. Enfin au moyen âge, la loi ecclésiastique fut appelée canon, terme par lequel on désignait aussi la redevance emphytéotique payée par l'emphytéote.... Les Latins furent peut-être conduits par une idée analogue, à désigner par un même mot jus, le droit et l'offrande ordinaire que l'on faisait à Jupiter (les parties grasses des victimes). De l'ancien nom de ce dieu Jous, dérivèrent les génitifs Jovis et juris.—Les Latins appelaient les terres prædia, parce que, ainsi que nous le ferons voir, les premières terres cultivées furent les premières prædæ du monde. C'est à ces terres que le mot domare, dompter, fut appliqué d'abord. Dans l'ancien droit romain, on les disait manucaptæ, d'où est resté manceps, celui qui est obligé sur immeuble envers le trésor. On continua de dire dans les lois romaines, jura prædiorum, pour désigner les servitudes qu'on appelle réelles, et qui sont attachées à des immeubles. Ces terres manucaptæ furent sans doute appelées d'abord mancipia, et c'est certainement dans ce sens qu'on doit entendre l'article de la loi des douze tables, qui nexum faciet mancipiumque. Les Italiens considérèrent la chose sous le même aspect que les anciens Latins, lorsqu'ils appelèrent les terres poderi, de podere, puissance; c'est qu'elles étaient acquises par la force; ce qui est encore prouvé par l'expression du moyen âge, presas terrarum, pour dire les champs avec leurs limites. Les Espagnols appellent prendas les entreprises courageuses; les Italiens disent imprese pour armoiries, et termini pour paroles, expression qui est restée dans la scholastique. Ils appellent encore les armoiries insegne, d'où leur vient le verbe insegnare. De même Homère, au temps duquel on ne connaissait pas encore les lettres alphabétiques, nous apprend que la lettre de Pretus contre Bellérophon fut écrite en signes, σεματα.