Note 42 — LIVRE SECOND. DE LA SAGESSE POÉTIQUE.
Jules Michelet translation
Après avoir examiné la théologie des poètes ou métaphysique poétique, nous avons traversé la logique poétique qui en résulte, et nous arrivons à la recherche de l'origine des langues et des lettres. Il y a autant d'opinions sur ce sujet difficile, qu'on peut compter de savans qui en ont traité. La difficulté vient d'une erreur dans laquelle ils sont tous tombés: ils ont regardé comme choses distinctes, l'origine des langues et celle des lettres, que la nature a unies. Pour être frappé de cette union, il suffisait de remarquer l'étymologie commune de γραμματικη, grammaire, et de γραμματα, lettres, caractères (γραφω, écrire); de sorte que la grammaire, qu'on définit l'art de parler, devrait être définie l'art d'écrire, comme l'appelle Aristote.—D'un autre côté, caractères signifie idées, formes, modèles; et certainement les caractères poétiques précédèrent ceux des sons articulés. Josephe soutient contre Appion, qu'au temps d'Homère les lettres vulgaires n'étaient pas encore inventées.—Enfin, si les lettres avaient été dans l'origine des figures de sons articulés et non des signes arbitraires[42], elles devraient être uniformes chez toutes les nations, comme les sons articulés. Ceux qui désespéraient de trouver cette origine, devaient toujours ignorer que les premières nations ont pensé au moyen des symboles ou caractères poétiques, ont parlé en employant pour signes les fables, ont écrit en hiéroglyphes, principes certains qui doivent guider la philosophie dans l'étude des idées humaines, comme la philologie dans l'étude des paroles humaines.