Note 32 — LIVRE SECOND. DE LA SAGESSE POÉTIQUE.
Jules Michelet translation
La sagesse commença chez les Gentils par la muse, définie par Homère dans un passage très remarquable de l'Odyssée, la science du bien et du mal; cette science fut ensuite appelée divination, et c'est sur la défense de cette divination, de cette science du bien et du mal refusée à l'homme par la nature, que Dieu fonda la religion des Hébreux, d'où est sortie la nôtre. La muse fut donc proprement dans l'origine la science de la divination et des auspices, laquelle fut la sagesse vulgaire de toutes les nations, comme nous le dirons plus au long; elle consistait à contempler Dieu dons l'un de ses attributs, dans sa Providence; aussi, de divination, l'essence de Dieu a-t-elle été appelée divinité. Nous verrons dans la suite que dans ce genre de sagesse, les sages furent les poètes théologiens, qui, à n'en pas douter, fondèrent la civilisation grecque. Les Latins tirèrent de là l'usage d'appeler professeurs de sagesse ceux qui professaient l'astrologie judiciaire.—Ensuite la sagesse fut attribuée aux hommes célèbres pour avoir donné des avis utiles au genre humain; tels furent les sept sages de la Grèce.—Plus tard la sagesse passa dans l'opinion aux hommes qui ordonnent et gouvernent sagement les états, dans l'intérêt des nations.—Plus tard encore le mot sagesse vint à signifier la science naturelle des choses divines, c'est-à-dire la métaphysique, qui cherchant à connaître l'intelligence de l'homme par la contemplation de Dieu, doit tenir Dieu pour le régulateur de tout bien, puisqu'elle le reconnaît pour la source de toute vérité[32].—Enfin la sagesse parmi les Hébreux et ensuite parmi les Chrétiens a désigné la science des vérités éternelles révélées par Dieu; science qui, considérée chez les Toscans comme science du vrai bien et du vrai mal, reçut peut-être pour cette cause son premier nom, science de la divinité.