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Pour qu'on lise Platon

Note 6 — XI LA POLITIQUE DE PLATON

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C’est une question de savoir si Platon a entendu la communauté des biens, des femmes et des enfants, de tous les citoyens ou seulement de la caste des guerriers. Quelques-uns ont cru qu’il l’entendait de tous les citoyens. Et il faut reconnaître que quelques textes les ont presque autorisés à en juger ainsi. Platon dit, au livre V de la République : Le plus grand bien de l’État, n’est-ce pas ce qui en lie toutes les parties et le rend un ? Or, quoi de plus propre à former cette union que la communauté des plaisirs et des peines entre tous les citoyens, lorsque tous se réjouissent des mêmes bonheurs et s’affligent des mêmes malheurs ?… Supposez-les tous également touchés des mêmes choses, l’État jouira d’une parfaite harmonie parce que tous ses membres ne feront plus, pour ainsi parler, qu’un seul homme. » — Et, au début du livre VIII de ce même ouvrage, il écrit : « C’est donc une chose bien reconnue entre nous que dans un État bien gouverné, tout doit être commun, les femmes, les enfants, l’éducation, les exercices… » — Mais d’abord il faut se souvenir que Platon pensant que l’État idéal, irréalisable, serait en effet l’État de communauté absolue, il lui arrive ici et là — très rarement — de se souvenir secrètement de cette idée et de dire de l’État tout entier ce qu’il ne pense pratiquement que des guerriers ; et ensuite il faut lire de près tout le chapitre V de la République, qui est celui où il organise pratiquement l’aristocratie de son État ; il faut lire surtout la partie de ce livre où il donne les raisons pourquoi la communauté des biens et des femmes est nécessaire aux guerriers, et l’on verra bien que, très nettement, il a restreint la communauté des biens, des femmes et des enfants aux guerriers seuls, et pour des raisons qui, ne s’appliquant qu’aux « gardiens de l’État », qu’à ceux qui ont pour mission de défendre et de protéger la République, montrent assez, par cette restriction même, que ce n’est qu’à la caste guerrière que Platon, en définitive, juge bon d’imposer ce régime.

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