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Portraits littéraires, Tome III

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE

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Si je pouvais me donner toute carrière3, j'aurais peine à ne pas aller droit, comme la chèvre, aux parties scabreuses et, pour ainsi dire, aux endroits escarpes de Théocrite, à cette idylle quatrième, par exemple, qui semblait si peu en être une aux yeux de Fontenelle, et dont le trait le plus saillant vers la fin est une épine que l'un des interlocuteurs s'enfonce dans le pied, et que l'autre lui retire. J'en donnerais la traduction mot à mot, en tâchant d'en faire saisir le parfum champêtre et comme l'odeur de bruyère qui court à travers ces propos familiers et simples. Puis je traduirais en regard (car ces premières idylles de Théocrite se correspondent, se corrigent et se rejoignent exactement l'une l'autre comme les tuyaux du syrinx, et c'est déjà être infidèle que d'en détacher une ou deux isolément), je traduirais, dis-je, en entier l'idylle sixième, toute poétique, et dans laquelle les deux bouviers adolescents ou pubères à peine, Damoetas et Daphnis, se mettent à chanter les agaceries de la nymphe Galatée, qui jette des pommes au troupeau et au chien de Polyphème, et les coquetteries du cyclope, qui fait semblant à son tour de ne la point voir. Ici ce n'est pas derrière les saules que fuit Galatée, comme chez Virgile, c'est dans la mer qu'elle se replonge, en nymphe qu'elle est; et la belle vague, apaisant son bouillonnement, la laisse voir à la nage sur la grève: le chien est là qui regarde vers la mer en aboyant. Après l'idylle quatrième, qui était un peu maigre, après l'idylle cinquième, qui était surtout piquante et querelleuse, rien ne repose et n'enchante comme cette manière de symphonie aimable entre les deux chanteurs unis, dont aucun n'est vainqueur, dont aucun n'est vaincu.

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