Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE
Reading edition
Les pièces pastorales, qui se présentent les premières et les plus originales du recueil de Théocrite, sont à la fois d'une variété qui ne laisse rien à désirer. On peut dire à la lettre de la flûte du poëte, comme il le dit volontiers du syrinx de ses bergers, que c'est une flûte à neuf voix; tous les tons s'y trouvent2. La première idylle, par exemple, est du ton plein et moyen de la poésie bucolique. D'autres idylles montent ou descendent: la quatrième, par exemple, entre Battus et Corydon, n'est réellement pas un chant, et n'offre qu'une causerie fredonnée à peine, un peu maigre et agreste de propos, et très-voisine de la prose. Tout à côté, la dispute du chevrier et du berger, Comatas et Lacon, a comme trait dominant la note aigre, stridente, que racheté aussitôt après la charmante mélodie des deux jeunes bouviers adolescents, Damoetas et Daphnis, qui semblent chanter à l'unisson. Mais ce qu'il y a de plus pur, de plus chaste et de plus suave dans cette flûte aux neuf voix, me paraît sans contredit l'adorable idylle entre les deux enfants, Daphnis et Ménalcas, de même que le morceau où ce ton monte, éclate et se déploie avec le plus de plénitude et de richesse, est l'admirable chant des Thalysies ou Fêtes de Cérès, et la description qui le couronne. Nous ne saurions tout parcourir en détail de ces divers tons; nous en toucherons pourtant quelques-uns.