Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 6)
Reading edition
Lorsque Prevost se décida à sortir de la Congrégation de Saint-Maur, il ne songeait d'abord qu'à se retirer à Cluny, où la règle était moins austère; il voulait simplement, comme il va nous le dire, quitter la Congrégation pour passer dans le grand Ordre, changer de branche au sein du même Ordre. Mais les choses tournèrent autrement. Le bref de translation qu'il avait obtenu de Rome, et qui devait être publié, ou, selon les termes canoniques, fulminé à Amiens, se trouva brusquement accroché et resta sans effet. Prevost, qui n'avait pas été informé de ce contre-temps et qui crut la chose faite, sortit, le jour convenu, de Saint-Germain-des-Prés: «Il se rendit au jardin du Luxembourg, nous dit son biographe286, où on l'attendoit avec un habit ecclésiastique. La métamorphose se fit dans ce jardin. L'habit monacal fut renvoyé à Saint-Germain-des-Prés... Il avoit laissé dans sa cellule trois lettres pour le Père général, le Père prieur, et un religieux de ses amis.» C'est une des deux premières lettres qui a été conservée dans les paquets de dom Grenier, et que nous donnons ici. Cet adieu de Prevost à son supérieur le peint au naturel et plus au complet qu'on ne l'a vu nulle part encore; on y sent percer, à travers les termes d'un respect fort dégagé, un accent d'ironie et une pointe de menace qui a son piquant, et qu'on n'est pas accoutumé de trouver sous sa plume. Mais lisons d'abord, nous raisonnerons après: