Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 6)
Reading edition
Un fait positif et piquant, c'est que, dans ce terrible ouvrage du Pape, beaucoup de choses ont été (qui le croirait?) adoucies, plus d'un trait relatif à Bossuet, par exemple. J'ai eu l'honneur de connaître à Lyon le savant respectable et modeste 208 que M. de Maistre n'avait jamais vu, mais à qui il avait accordé entière confiance; ce fut par ses soins que, dans cette ville toute religieuse, foyer de librairie catholique pour le Midi et la Savoie, se prépara l'édition du Pape et de plusieurs des écrits qui suivirent. Une correspondance régulière s'était engagée, dans laquelle le consciencieux éditeur ne ménageait pas les objections, les critiques; M. de Maistre s'y montrait bien souvent docile, et avec une remarquable facilité, dénué en effet de toute prétention littéraire proprement dite, comme un homme du monde dont ce n'était pas le métier. Il n'y avait que les cas réservés où l'idée de ces damnés Parisiens lui revenait en tête et le faisait insister sur sa phrase: «Laissons cela, ils aimeront cela;» ou bien: «Bah! laissons-leur cet os à ronger.» Je prends plaisir à répéter ce mot qui est une clef essentielle dans le De Maistre.