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Portraits littéraires, Tome II

Note (retour) — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 6)

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Un second aspect des Considérations, c'est celui des événements positifs et des jugements historiques que l'auteur y a appliqués; on n'en saurait assez admirer la sagacité et la portée précise. Une foule de vues qui n'ont prévalu et n'ont été vérifiées que par la suite apparaissent là pour la première fois; l'auteur, en ayant l'air de tirer à bout portant dans la mêlée, a prévenu et indiqué d'avance les visées de l'histoire. Aussi, tous ceux qui ont passé après lui dans l'étude de ces temps l'ont-ils pris, même ses adversaires politiques, en haute et singulière estime. M. de Maistre a très-bien vu le premier que, le mouvement révolutionnaire une fois établi, la France et la monarchie (c'est-à-dire l'intégrité des États du roi futur) ne pouvaient être sauvées que par le jacobinisme200. Le discours idéal qu'il prête (chap. II) à un guerrier au milieu des camps, pour exhorter ses compagnons d'armes à sauver la France et le royaume quand même, est d'une éloquence politique qui parle d'elle-même à toutes les âmes: il conclut par ces paroles si souvent citées, et que M. Mignet inscrivait, il y a près de vingt ans, en tête de son histoire: «Mais nos neveux, qui s'embarrasseront très-peu de nos souffrances et qui danseront sur nos tombeaux, riront de notre ignorance actuelle; ils se consoleront aisément des excès que nous avons vus, et qui auront conservé l'intégrité du plus beau royaume après celui du Ciel.»—Le rôle, la fonction, la magistrature de la France entre toutes les nations d'Europe n'a été nulle part plus magnifiquement reconnue. Langue universelle, esprit de prosélytisme, il y voit les deux instruments et comme les deux bras toujours en action pour remuer le monde.

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