Note 177 — C.-A. SAINTE-BEUVE (continued 7)
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Note 177:
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Depuis que cette notice est écrite, je suis arrivé à recueillir des informations tout à fait exactes et singulières sur ce point de la vie de Nodier. Ce fut lui qui se dénonça en effet par une lettre, dont voici le texte dans toute son excentricité, et qui sent son Werther au premier chef:
«Parvenu au comble de l'infortune et du désespoir; abandonné de tout ce que j'aimais; veuf de toutes mes affections; à vingt-cinq ans j'ai survécu à tout amour et à toute amitié.
«Un ouvrage intitulé la Napoléone et dirigé contre le Premier Consul a paru il y a deux ans. La police en a recherché l'auteur. C'est moi.
«Il me reste du moins le bonheur d'être coupable, et de pouvoir vous demander la prison, l'exil ou l'échafaud.
«Sans attendre des hommes et de vous ni égards ni pitié, je vous apporte ma liberté. Demain l'usage en serait peut-être terrible. Quiconque a pu beaucoup aimer, peut haïr avec excès, et mon temps est venu.
«Je m'appelle Charles Nodier.
«Je loge hôtel Berlin, rue des Frondeurs.»
L'adresse, digne de la lettre, est: «Au Premier Consul, et, en son lieu, à l'un des préfets du Palais.» La date est du 25 frimaire an XII (décembre 1803); ce qui fait remonter la date de la Napoléone à 1801.
On conçoit que, sur le vu de cette lettre, il ait été donné un ordre du Grand-Juge «de faire rechercher l'auteur qui prend le nom de Nodier, de l'interroger sur ses motifs pour écrire et sur les projets qu'il pourrait avoir.»
Je reviendrai peut-être un jour sur ce fol épisode, si j'en viens à traiter le Nodier réel et à le suivre de plus près.