Note (retour) — PAR J. MARIE GUICHARD.
Reading edition
Petit-fils de Charles V, le roi lettré de l'ancienne monarchie, neveu de Charles VI, père de Louis XII et oncle de François Ier, Charles d'Orléans fut le chef d'une faction puissante qui ébranla la France pendant un demi-siècle; il poursuivit sans relâche le meurtrier de son père assassiné rue Barbette par Jean de Bourgogne; il vécut au premier rang dans les guerres civiles; enfin, lui et les siens se trouvent mêlés à tous les désordres, à toutes les agitations de l'époque la plus troublée des temps modernes. Certes, il faudrait moins que cela aujourd'hui pour illustrer de mauvais vers, et on se demande pourquoi les poésies si remarquables d'un homme qui réunissait d'ailleurs toutes les conditions apparentes de la célébrité, sont restées dans l'ombre? François Ier faisait publier les ouvrages de Villon, et il oublia son oncle, le maître de Villon. Octavien de Saint-Gelais, Blaise d'Auriol et les poëtes de ce temps pillaient effrontément Charles d'Orléans, les compilateurs prenaient ses ballades2, et personne ne signale le plagiat. Bien plus, Marot a dit: «Entre tous les bons livres imprimez de la langue françoise, ne s'en veoit ung si incorrect, ne si lourdement corrompu, que celluy de Villon: et m'esbahy, veu que c'est le meilleur poète parisien qui se trouve3. Cependant, et Marot le savait sans doute mieux que nous4, Charles d'Orléans composa certaines de ses ballades avec une délicatesse de pensée et une perfection de langage que Villon n'atteignit jamais; il fut en outre l'instigateur d'un grand mouvement littéraire où Marot a tenu assurément une des premières et des plus larges places.