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Reading edition
José-Maria de Hérédia, qui est mort avant d'avoir pu réaliser son projet d'une édition des Bucoliques, en avait écrit la préface, qui parut dans la Revue des Deux Mondes49. Selon lui les Élégies, les Poèmes, l'Hermès, sont l'oeuvre du plus grand des poètes du XVIIIe siècle; les Hymnes, les Odes, les Ïambes, du seul grand poète de la Révolution, et les Bucoliques d'un grand poète de tous les âges. André Chénier renouvelle dans la poésie française le sentiment de la nature que le seul La Fontaine n'avait pas entièrement méconnu. Il voit, il sent la beauté multiple des choses, il en écoute la musique et les traduit en des vers d'une harmonie et d'une couleur jusqu'alors ignorées. Son génie est essentiellement objectif et dramatique. Le paysage, quelque sommaire qu'il soit, participe à l'action. Sa vision première est toute plastique. Il se plaît aux brusques débuts, et cette allure soudaine, qui précipite en plein drame, prête aux gestes, aux paroles et aux sentiments qu'ils expriment toute la force, le charme saisissant de la vie. Hérédia admire la souplesse du vers d'André Chénier dans les quarante-quatre vers du combat des Lapithes et des Centaures de L'Aveugle. Le vers y va par bonds, heurts, chocs et soubresauts. Il s'arrête, il reprend brusquement. Et, par son allure haletante, saccadée, en une suite de traits où sont accumulés et variés les artifices du plus admirable métier, il fait percevoir du même coup à l'oeil, à l'oreille et à l'esprit tout le désordre furieux de cette héroïque mêlée. Hérédia note encore les ellipses violentes, les latinismes hardis, les souples inversions, les dérèglements de syntaxe où le libre génie de Chénier s'irrite et se joue.