Note (return) — Front matter
Reading edition
En 1902 M. Paul Glachant47 donnait une très ample bibliographie d'André Chénier où nous avons puisé largement. La même année M. Faguet48 revenait à André Chénier dans une charmante biographie littéraire. Il distingue assez subtilement les trois ou même quatre manières (simultanées plutôt que successives) du poète: la première exquise et qui est restée pour tout le monde la caractéristique même du génie d'André Chénier, où il réalise le rêve de tous les humanistes français depuis Ronsard: se faire une âme antique, penser, sentir, être ému et voir même comme un ancien, manière concise où il semble qu'il ait voulu lutter de précision énergique avec les bas-reliefs antiques, où, d'un mot choisi, court et juste, il suggère un infini de tristesse, de mélancolie, de rêverie souriante ou de volupté, manière que, du reste, il n'abandonna jamais. La deuxième manière, celle des élégies, qui n'a plus la sobriété, la finesse, la ligne précise, l'arrêt net des poèmes antiques, mais abandonnée, sans diffusion, oratoire, sans déclamation, manière qui va d'une ardeur lascive qui rappelle Catulle à une mélancolie profonde et tendre qui à la fois rappelle La Fontaine et annonce Lamartine, non sans quelque contagion de ce goût faux ou de ce goût fade qui était celui du temps où il vivait. Enfin après le Chénier-Ronsard, le Chénier-Tibulle, voici le Chénier-Lucrèce avec l'Hermès et surtout le Chénier personnel, lyrique, qu'annonce le morceau Oh nécessité dure et qui s'affirme dans l'Ode à Versailles et les vers légers et aériens, aux sonorités chantantes, au rythme de vol d'oiseau, des pièces à Fanny, et dans les Ïambes. M. Faguet met en dehors les morceaux comme le Jeu de Paume et peut-être aussi l'Hymne de Châteauvieux et A Charlotte Corday, guindés et pompeux, dignes de Lefranc de Pompignan, de Lebrun et de Marie-Joseph Chénier, et qui n'appartiennent à aucune de ses manières.