Note 68 — Chapter XXVIII · THEÆTETUS.
Reading edition
Plato, Theætêt. p. 171 E. I transcribe the following from the treatise of Fichte (Beruf des Menschen, Destination de l’Homme; Traduction de Barchou de Penhoën, ch. i. Le Doute, pp. 54-55):—
“De la conscience de chaque individu, la nature se contemplant sous un point de vue différent, il en résulte que je m’appelle moi, et que tu t’appelles toi. Pour toi, je suis hors de toi; et pour moi, tu es hors de moi. Dans ce qui est hors de moi, je me saisis d’abord de ce qui m’avoisine le plus, de ce qui est le plus à ma portée: toi, tu fais de même. Chacun de notre côté, nous allons ensuite au delà. Puis, ayant commencé à cheminer ainsi dans le monde de deux points de départ différens, nous suivons, pendant le reste de notre vie, des routes qui se coupent çà et là, mais qui jamais ne suivent exactement la même direction, jamais ne courent parallèlement l’une à l’autre. Tous les individus possibles peuvent être: par conséquent aussi, tous les points de vue de conscience possibles. La somme de ces consciences individuelles fait la conscience universelle: il n’y a pas d’autre. Ce n’est en effet que dans l’individu que se trouve à la fois et la limitation et la réalité. Dans l’individu la conscience est entièrement déterminée par la nature intime de l’individu. Il n’est donné à personne de savoir autre chose que ce qu’il sait. Il ne pourrait pas davantage savoir les mêmes choses d’une autre façon qu’il ne les sait.”
The same doctrine is enforced with great originality and acuteness in a recent work of M. Eugène Véron, Du Progrès Intellectuel dans l’Humanité, Supériorité des Arts Modernes sur les Arts Anciens (Paris, 1862, Guillaumin). M. Véron applies his general doctrine mainly to the theory of Art and Æsthetics: moreover he affirms more than I admit respecting human progress as a certain and constant matter of fact. But he states clearly, as an universal truth, the relative point of view — the necessary measurement for itself, of each individual mind — and the consequent obligation, on each, to allow to other minds the like liberty. We read, pp. 14-16-17:—
“Cela revient à dire que dans quelque cas que nous supposions, nous ne pouvons sentir que dans la mesure de notre sensibilité, comprendre et juger que dans la mesure de notre intelligence; et que nos facultés étant en perpetuel developpement, les variations de notre personnalité entrainent nécessairement celles de nos jugemens, même quand nous n’en avons pas conscience.… Chaque homme a son esprit particulier. Ce que l’un comprend sans peine, un autre ne le peut saisir; ce qui répugne à l’un, plait à l’autre: ce qui ce me parait odieux, mon voisin l’approuve. Quelque bonne envie que nous semblions avoir de nous perdre dans la foule, de dépouiller notre individualité pour emprunter des jugemens tout faits et des opinions taillées à la mesure et à l’usage du public — il est facile de voir que, tout en ayant l’air de répéter la leçon apprise, nous jugeons à notre manière, quand nous jugeons: que notre jugement, tout en paraissant être celui de tout le monde, n’en reste pas moins personnel, et n’est pas une simple imitation: que cette ressemblance même est souvent plus apparente que réelle: que l’identité extérieure des formules et des expressions ne prouve pas absolument celle de la pensée. Rien n’est élastique comme les mots, et comme les principes généraux dans lesquels on pense enfermer les intelligences. C’est souvent quand le langage est le plus semblable qu’on est le plus loin de s’entendre.
“Du reste, quand même cette ressemblance serait aussi réelle qu’elle est fausse, en quoi prouverait-il l’identité nécessaire des intelligences? Qu’y aurait-il d’étonnant qu’au milieu de ce communisme intellectual qui régit l’éducation de chaque classe, et détermine nos habitudes intellectuelles et morales, les distinctions natives disparussent ou s’atténuassent? Ne faut-il pas plutôt admirer l’opiniâtre vitalité des différences originelles qui résistent à tant de causes de nivellement? L’identité primitive des intelligences n’est qu’une fiction logique sans réalité — une simple abstraction de langage, qui ne repose que sur l’identité du mot avec lui-même. Tout se reduit à la possibilité abstraite des mêmes développemens, dans les mêmes conditions d’hérédité et d’éducation — mais aussi de développemens différens dans des circonstances différentes: c’est à dire, que l’intelligence de chacun n’est identique à celle de tous, qu’au moment où elle n’est pas encore proprement une intelligence.”