← Table of contents
Petit bréviaire de la Gourmandise

Note 3 — Front matter

Reading edition

LES VIEUX CHATS

Comme ils sont tristes, les matous De n’être plus sur les genoux Qui leur faisaient des lits si doux ! Qu’ils regrettent les longues veilles Où les doigts secs des bonnes vieilles Taquinaient leurs frêles oreilles : Quand, assises au coin du feu Et rêvant au bel houzard bleu Qui reçut leur premier aveu, Les tricoteuses de mitaines Évoquaient les amours lointaines, Le temps heureux des prétentaines, Alors, les mimis adorés, Prenant des airs enamourés, Arquaient leurs dos gras et fourrés. Ils avaient des façons béates De se lustrer du bout des pattes, En songeant aux mignonnes chattes Ou, comme des sphynx accroupis, Ils ronronnaient sur les tapis, Laissant aux rats de longs répits. Fi des rats malins ! Les maîtresses Leur faisaient de grasses paresses Pleines de lait et de caresses. Le bon mou qu’on allait manger, Cuisait avec un bruit léger : Fallait-il donc se déranger ? Mais, ô revers inévitables ! Des héritiers peu charitables Ont proscrit les chats de leurs tables. Les voilà bohêmes ! Souvent, Par les nuits de neige et de vent, Ils grelottent sous un auvent. Ombres étiques et funèbres Ils profilent dans les ténèbres Leurs dos où saillent les vertèbres Et, quand ils voient passer en bas, Des bonnes vieilles à cabas, Qui trottent menu, d’un air las Le bon goût des crèmes sucrées Où trempaient les croûtes dorées, Revient à leurs lèvres sevrées. Et les vieux chats, d’un air dolent, Hanté par un cruel relent, Font le gros dos, en miaulant.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings