Note 4 — MARCEL PROUST
Reading edition
On peut se demander si cet exil était bien volontaire et s'il ne faut pas plutôt voir là une de ces décisions de l'autorité analogue à celle qui empêchait Mme de Staël de rentrer en France, peut-être en vertu d'une loi dont le texte ne nous est pas parvenu et qui défendait aux femmes d'écrire. Les exclamations mille fois répétées dans ces poèmes avec une insistance si monotone: «Ah! partir! ah! partir! prendre le train qui siffle en bondissant!» (Occident.) «Laissez-moi m'en aller, laissez-moi m'en aller.» (Tumulte dans l'aurore.) «Ah! Laissez-moi partir.» (Les héros.) «Ah! rentrer dans ma ville, voir la Seine couler entre sa noble rive. Dire à Paris: je viens, je reprends, j'arrive!» etc., montrent bien qu'elle n'était pas libre de prendre le train. Quelques vers où elle semble s'accommoder de sa solitude: «Et si déjà mon ciel est trop divin pour moi», etc., ont été évidemment ajoutés après coup pour tâcher de désarmer par une soumission apparente les rigueurs de l'Administration.