Note 11 — VIII
Reading edition
Ce projet n'est pas nouveau. Je ne remonterai pas jusqu'à Henri IV, et l'idée qu'il avait conçue de faire converger vers la place de l'Europe des rues portant les noms des provinces: dans ces limites, rien n'était plus légitime. En son ouvrage intitulé: Paris à la fin du dix-huitième siècle (in-8°, p. 83), Pujoulx expose tout au long un plan qui lui est propre, et qui consiste, en considérant Paris comme le centre d'un vaste État, à présenter dans les dénominations de toutes ses rues, impasses, places et quartiers, un résumé de la carte géographique. Sous la Révolution, le 14 brumaire an II, le citoyen Chamouleau, au nom de la section des Arcis, avait fait sur le même sujet une proposition beaucoup plus originale à la Convention. Voici comme elle était formulée: «Les communes de la France seront divisées en arrondissements particuliers, dont chaque place publique sera le centre; toute place publique portera le nom d'une vertu principale. Les rues affectées à l'arrondissement de cette place seront désignées par les noms des vertus qui auront un rapport direct avec cette vertu principale. Lorsqu'il n'y aura pas assez de vertus, on se servira de ceux de quelques grands hommes; mais on les rangera dans l'arrondissement de leur vertu principale.—À Paris, par exemple, le Palais National s'appellera Temple ou Centre du républicanisme; l'Hôtel-Dieu, Temple de l'humanité républicaine; la Halle, Place de la frugalité républicaine. Les rues adjacentes, pour la première, seront les rues de la Générosité, de la Sensibilité, etc., et pour la seconde, de la Tempérance, de la Sobriété, etc. Il s'ensuivra que le peuple aura à chaque instant le mot d'une vertu dans la bouche, et bientôt la morale dans le cœur.» Pourquoi cet admirable projet n'a-t-il pas eu de suites? Mais on pourrait le reprendre aujourd'hui: ce serait une telle occasion de mettre les vertus du dix-neuvième siècle en lumière, à moins toutefois qu'on ne craigne, selon le cas prévu par le sagace citoyen Chamouleau, qu'il n'y on ait pas assez.