Note (retour) — CHAPITRE VI.428
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Remettant le tout en sa misericorde, je repris courage plus que devant, allant ça & là tout le jour sans appercevoir aucune trace ou sentier que celuy des bestes sauvages, dont j'en voyois ordinairement bon nombre, & passay ainsi la nuict sans aucune consolation. L'aube du jour venu (après avoir un peu repeu) je pris resolution de trouver quelque ruisseau, & le costoyer, jugeant qu'il falloit de necessité qu'il s'allast descharger en la riviere, ou sur le bord où estoient nos chasseurs. Ceste resolution prise, je l'executay si bien, que sur le midy se me trouvay sur le bord d'un petit lac, comme de lieue 271/927& demie, où l'y tuay quelque gibbier, qui m'accommoda fort, & avois encores huict à dix charges de poudre. Marchant le long de la rive de ce lac pour voir où il deschargeoit, je trouvay un ruisseau assez spacieux, que je suivis jusques sur les cinq heures du soir, que t'entendis un grand bruit: & prestant l'oreille, je ne peus comprendre ce que c'estoit, jusques à ce que t'entendis ce bruit plus clairement, & jugeay que c'estoit un sault d'eau de la riviere que je cherchois. M'approchant de plus prés, j'apperceus une escluse, où estant parvenu, je me rencontray en un pré fort grand & spacieux, où il y avoit grand nombre de bestes sauvages. Et regardant à la main droite, je veis la riviere large & spacieuse. Desirant recognoistre cet endroit, & marchant en ce pré, je me rencontray en un petit sentier, où les Sauvages portent leurs canaux. Ayant bien consideré ce lieu, je recogneus que c'estoit la mesme riviere, & que j'avois passée par là. Bien aise de cecy, je soupay de si peu que j'avois, & couchay là la nuict. Le matin venu, considerant le lieu où j'estois, je jugeay par certaines montagnes qui sont sur le bord de ladite riviere, que je ne m'estois point trompé, & que nos chasseurs devoient estre au dessus de moy de quatre ou cinq bonnes lieues, que je fis à mon aise, costoyant le bord de lad. riviere, jusques à ce que j'apperceus la fumée de nosd. chasseurs: auquel lieu j'arrivay avec beaucoup de contentement, tant de moy, que de deux 460 qui me cerchoient, & avoient perdu esperance de me revoir, & me prièrent de ne m'escarter plus d'eux, 272/928ou que je portasse mon cadran sur moy, lequel j'avois oublié, qui m'eust peu remettre en mon chemin. Ils me disoient: Si tu ne fusses venu, & que nous n'eussions peu te trouver, nous ne serions plus allez aux François, de peur qu'ils ne nous eussent accusez de t'avoir fait mourir. Du depuis Darontal estoit fort soigneux de moy quand j'allois à la chasse, me donnant toujours un Sauvage pour m'accompagner. Retournant à mon propos, ils ont une certaine resverie en ceste chasse, telle, qu'ils croyent que s'ils faisoient rostir de la viande prise en ceste façon, ou qu'il tombast de la graisse dans le feu, ou que quelques os y fussent jettez, qu'ils ne pourroient plus prendre de cerfs, & pour ce sujet me prioient de n'en point faire rostir. Pour ne les scandaliser, je m'en deportois, estant devant eux: puis leur ayant dit que j'en avois fait rostir, ils ne me vouloient croire, disans que si cela eust esté, ils n'auroient pris aucuns cerfs, telle chose ayant esté commise.