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Oeuvres de Champlain

Note (retour) — CHAPITRE PREMIER.

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Les Anglois partent du port Royal le 9 Novembre 1613 pour retourner aux Virgines. En ce voyage la contrariété des vents & des tempestes fut telle, que les trois vaisseaux se separerent. La barque où estoient six Anglois ne s'est peu recouvrer du depuis, & le vaisseau du Capitaine Argal abordant les Virgines, qui fit entendre au Mareschal ce qu'estoit le Père Biart, qu'il tenoit pour Espagnol, & qui l'attendoit pour le faire mourir. Il estoit alors au troisiesme vaisseau, où commandoit un Capitaine nomme Turnel, ennemy mortel des Jesuites; & ce vaisseau fut tellement battu du vent de surouest, que mettant à contre-bord, il fut contraint de relascher aux Sores207, à 500 lieues des Virgines, où l'on tua tous les chevaux qui avoient esté pris au port Royal, qu'ils mangèrent au defaut d'autres vivres. En fin ils arriverent à une isle des Sores, & alors il dit au Pere: Dieu est courroucé, contre nous, & nous contre vous208, pour le mal que nous vous avons fait souffrir injustement. Mais je m'estonne comme des François estans dans les bois, au milieu de tant de miseres & apprehensions, ayant fait courir le bruit que vous estes Espagnol: & l'ont non seulement dit & asseuré, mais l'ont signe? Monsieur (dit le Père) vous sçavez que pour toutes les calomnies & mesdisances, je n'ay jamais mal parlé de ceux qui m'accusoient, vous estes tesmoin de la patience que j'ay eue contre tant d'adversitez, mais Dieu cognoist la vérité. Non seulement 123/779je n'ay jamais esté en Espagne, ny aucun de mes parents, mais je suis bon fidèle François pour le service de Dieu, & de mon Roy, & feray tousjours paroistre au péril de ma vie que c'est à tort que l'on m'a calomnié, & que l'on m'appelle Espagnol. Dieu leur pardonne, & qu'il luy plaise nous delivrer d'entre leurs mains, & vous particulièrement, pour nostre bien, & oublions le passé.

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