← Table of contents
Oeuvres Completes de Rollin Tome 1, Histoire Ancienne Tome 1

Note (retour) — SECONDE PARTIE. (continued 3)

Reading edition

C'est au retour de ce voyage que Scipion trouva Polybe à Rome, et lia avec lui cette étroite amitié qui devint si utile à ce jeune Romain, et qui ne lui a guère moins fait d'honneur dans la postérité que toutes ses conquêtes. Il paraît que Polybe demeurait et mangeait avec les deux frères. Un jour que Scipion se trouva seul avec lui, il lui ouvrit son cœur avec une pleine effusion, et se plaignit, mais d'une manière douce et tendre 367, de ce que Polybe, dans les conversations qu'on avait à table, adressait toujours la parole à son frère Fabius et jamais à lui. «Je sens bien, lui dit-il, que cette indifférence vient de la pensée où vous êtes, comme tous nos citoyens, que je suis un jeune homme inappliqué, et qui n'ai rien du goût qui règne aujourd'hui dans Rome, parce qu'on ne voit pas que je m'attache aux exercices du barreau, et que je m'applique au talent de la parole. Mais comment le ferais-je? On me dit perpétuellement que ce n'est point un orateur que l'on attend de la maison des Scipions, mais un général d'armée. Je vous avoue, pardonnez-moi la franchise avec laquelle je vous parle, que votre indifférence pour moi me touche et m'afflige sensiblement.» Polybe, surpris de ce discours, auquel il ne s'attendait point, le consola du mieux qu'il put, et l'assura que, s'il adressait ordinairement la parole à son frère, ce n'était point du tout faute d'estime pour lui, mais uniquement parce que Fabius était l'aîné, et que d'ailleurs, sachant que les deux frères pensaient de même, il avait cru que parler à l'un, c'était parler à l'autre; qu'au reste, il s'offrait de tout son cœur à son service, et qu'il pouvait disposer absolument de sa personne: que, par rapport aux sciences, pour lesquelles il lui voyait beaucoup de goût, il trouverait des secours suffisants dans ce grand nombre de savants qui venaient tous les jours de Grèce à Rome; mais que, pour le métier de la guerre, qui était proprement sa profession aussi-bien que sa passion, il pourrait lui être de quelque utilité. Alors Scipion, lui prenant les mains et les serrant avec les siennes: «Oh, dit-il, quand verrai-je cet heureux jour où, libre de tout autre engagement et vivant avec moi, vous voudrez bien vous appliquer à me former l'esprit et le cœur! C'est alors que je me croirai digne de mes ancêtres.» Depuis ce temps-là, Polybe, charmé et attendri de voir dans un jeune homme 368 de si nobles sentiments, s'attacha particulièrement au jeune Scipion, qui le respecta toujours dans la suite comme son propre père.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings