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Observations d'un sourd et muèt sur un cours élémentaire d'éducation des sourds et muèts publié en 1779 par M. l'Abbé Deshamps, Chapelain de l'Église d'Orléans

Note E — OBSERVATIONS

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C'est sans contredit le grand avantage de la langue des signes ou du langage mimique, que la clarté & la justèsse: c'est par-là qu'il l'emporte en quelque façon sur les langues parlées. Celles-ci ne peuvent peindre les idées que par l'intermède des sons; l'autre les peint immédiatement. Nos langues sont donc, si l'on peut parler ainsi, plus loin des objèts que la langue des signes: elles ne peuvent nous représenter les choses qu'à travers un voile qu'il faut toujours percer, pour ariver à l'intelligence de la chose exprimée par le mot.

On me parle dans une langue quelconque de l'Europe: il faut que j'aie nécéssairement deux perceptions consécutives & très-indépendantes l'une de l'autre; 1º. la perception des sons ou des mots de cette langue; 2º. la perception des idées qu'il convient d'atacher à ces mots. Et parce que ces deux perceptions sont, come je viens de le dire, très-indépendantes à cause du raport purement arbitraire des mots aux idées; de ce qu'une persone me parle dans une langue quelconque, je vois bien qu'elle sait, comme moi, les mots de cette langue: mais je ne suis pas positivement certain qu'elle y atache les mêmes idées que moi. Cela est sur-tout vrai pour les enfans: ils se servent long-tems du langage, sans atacher une idée bien nète aux mots qui le composent. Eh! combien d'homes sont enfans sur ce point!

Au contraire, dans la langue des signes ou langage mimique, je vais immédiatement & nécéssairement de la perception du signe à la perception de l'idée, de même qu'en voyant la figure d'un arbre; d'une maison, &c. je ne puis m'empêcher d'avoir l'idée de cet arbre, de cette maison, &c. Quand donc on me peint par le geste un objèt quelconque, il en résulte deux grands avantages qui démontrent l'excélence de la langue des signes: 1º, la certitude où je suis que la persone qui fait le geste, conçoit très-nètement l'objèt qu'elle me représente, parce qu'il est impossible de peindre, soit avec le crayon, soit par le geste, ce qu'on ne conçoit pas de cette manière: 2º. la certitude que j'ai qu'en lui peignant ainsi mes idées, je les lui transmètrai précisément telles que je les conçois; parce qu'elle ne peut les voir que come je les lui représente, & que je ne puis les lui représenter que come je les conçois.

Je suis si persuadé des grands avantages de la langue des signes, que si j'avois à instruire un enfant doué de tous ses sens, j'en ferois un fréquent usage avec lui. Je l'acoutumerois à traduire dans cette langue, les phrases de la siène; afin de m'assurer qu'il y atache un sens nèt & précis. Cet exercice, amusant pour l'enfance, seroit extrèmement utile à mon Élève; & j'aurois par ce moyen la preuve que je ne formerois pas un pèroquèt.

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