Note (retour) — CHAPITRE XI
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Le voyageur qui atteint la cime de l'une des serras qui servent de limite méridionale aux plaines uniformes de l'Alemtejo est frappé du singulier contraste que présentent avec le versant du nord les déclivités de l'Algarve tournées vers le midi. D'un côté, les vastes solitudes, presque le désert; de l'autre, les forêts de châtaigniers, les villages se montrant çà et là sur les terrasses, les villes blanches au bord de la mer; les flottilles de bateaux pêcheurs sur les flots bleus. Au nord s'étend le morne espace jusqu'au vague horizon; au sud, des paysages variés et charmants se succèdent jusqu'à la limite précise tracée par l'écume de la houle. Le contraste n'est pas moins grand dans le genre de vie des habitants des deux provinces. Les gens de l'Alemtejo sont les plus graves des Portugais; ils n'aiment même pas la danse. Très-clair-semés au milieu de leurs landes, les uns s'occupent d'agriculture, les autres sont partiellement nomades à la suite de leurs troupeaux de porcs et de brebis. Les bergers parcourent des bois d'azinheiras dont les glands nourrissent leurs pourceaux, puis traversent le Tage en été pour aller dans les hauts pâturages des montagnes du Beira; à la fin de l'automne, ils reviennent vers le sud et font paître leurs moutons dans les fourrés de cistes qui recouvrent une si grande partie de l'Alemtejo. De leur côté, les gens de l'Algarve, trois fois plus nombreux en proportion de l'étendue de leur territoire, sont obligés d'utiliser plus industrieusement le sol: ils le cultivent en céréales, en vignes, en vergers, en jardins, et quoique la terre leur donne amplement en échange de leur travail, ils demandent à la mer poissonneuse un supplément de nourriture 217. La faible population relative de l'Alemtejo s'explique en partie par ce fait, que la plupart des guerres ont eu pour théâtre ses vastes plaines doucement ondulées; elle s'explique aussi par le régime de la grande propriété qui prévaut dans cette province: le paysan ne possède point la terre; il la cultive sans amour et les fièvres naissent des terrains où séjourne l'humidité. Du temps de la domination romaine, ces régions étaient fort peuplées, ainsi que le prouve la quantité de pierres à inscriptions que l'on a découvertes éparses sur le sol.