Note (retour) — CHAPITRE VIII
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Outre l'écoulement naturel de ses fleuves, l'Italie septentrionale a l'admirable réseau de ses rivières artificielles. C'est le pays classique de l'irrigation, celui qui sert de modèle à toute l'Europe. La Lombardie surtout, puis certaines parties du Piémont, les campagnes de Turin, la Lomellina en amont du Tessin, les Polesines de Ferrare et de Rovigo, sont merveilleusement arrosées par un système d'artères et d'artérioles apportant la vie sous forme de terre coulante à tous les champs épuisés. Dès le milieu du moyen âge, alors que presque toute l'Europe était encore dans la barbarie, les républiques lombardes pratiquaient déjà l'art de ramifier leurs rivières à l'infini par des canaux d'irrigation et d'assécher leurs plaines basses par des fossés d'écoulement: elles n'ont pas eu besoin de l'enseignement des Arabes pour trouver les secrets de l'hydraulique. Dès la fin du douzième siècle, Milan, délivrée des oppresseurs allemands, se donnait un véritable fleuve, le Naviglio Grande, qu'elle avait emprunté au Tessin, à 50 kilomètres de distance, et qu'elle avait su creuser avec une pente toujours égale en faisant servir les eaux à la navigation aussi bien qu'à l'arrosement: c'est probablement le premier grand travail de ce genre qui se soit fait en Europe. Au commencement du treizième siècle, l'Adda fournissait une masse d'eau plus grande encore et remplissait le lit de la Muzza, qui jusqu'à ce siècle, avant le creusement des grands canaux de l'Indoustan, est resté le fleuve artificiel le plus copieux du monde entier. Plus tard l'Adda fournit une deuxième rivière à Milan, la Martesana, que compléta le grand Léonard de Vinci. Déjà dans le siècle précédent l'art de surmonter les hauteurs des terres par la construction des écluses avait été découvert par les ingénieurs milanais, et l'on avait commencé d'en profiter pour tracer tout le réseau des canaux secondaires à travers la contrée. Enfin, depuis les progrès de l'industrie moderne, le naviglio de Milan à Pavie et le canal Gavour, qui emprunte ses eaux au Pô, en aval de Turin, celui de Vérone qui saigne le fleuve Adige, ont accru le lacis des grandes veines artificielles ajouté au régime naturel des fleuves 62.