Note (retour) — CHAPITRE VII
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Avant l'invasion des Osmanlis, les hauts bassins du Monténégro n'étaient pas encore la demeure de l'homme; les bergers et les bandits étaient les seuls qui en parcourussent les pâturages et les forêts. Mais, pour éviter l'esclavage, les habitants des vallées inférieures durent se réfugier au milieu de ces roches élevées, sous l'âpre climat des hauteurs, et tâcher d'y maintenir leur existence par la culture et l'élève des bestiaux, maintes fois aussi par le brigandage. L'exploitation barbare d'un sol d'ailleurs peu fertile ne pouvant procurer aux Monténégrins que de maigres récoltes, le pays est trop peuplé en proportion de ses faibles ressources; souvent la disette prend les proportions d'une véritable famine. De nombreux Uscoques, c'est-à-dire des fugitifs bosniaques échappés au joug des Musulmans, accroissent encore la misère en diminuant la part de terrains cultivables qui revient à chacun. Il a fallu diviser le sol en propriétés particulières, en innombrables parcelles; quant aux pâturages, ils sont encore en commun, suivant la vieille coutume serbe. D'après les recensements officiels, il y aurait environ deux cent mille habitants dans la Montagne Noire. Ces statistiques ont été peut-être un peu forcées dans l'intention d'effrayer les Turcs par un nombre fantastique de guerriers, comme l'ont fait en maintes occasions des batteries de troncs d'arbres simulant des bouches à feu; mais la population monténégrine ne s'élevât-elle qu'à cent vingt ou cent quarante mille habitants, elle serait déjà trop considérable pour cette région de montagnes 55. Aussi les incursions armées des Csernagorsques dans les vallées limitrophes étaient-elles pour ainsi dire une nécessité économique. Souvent il n'y avait pas de choix: il fallait mourir de faim ou périr sur le champ de bataille. Les Monténégrins choisissaient cette dernière alternative. La mort violente les effrayait si peu qu'ils la souhaitaient au nouveau-né. «Puisse-t-il ne pas mourir dans son lit!» tel était le voeu que formulaient les parents et les amis à côté du berceau de l'enfant. Et lorsqu'un homme avait pourtant la malchance de succomber à la maladie ou à la vieillesse, on se servait d'un euphémisme pour déguiser le genre de mort: «Le Vieux Meurtrier l'a tué!» C'est ainsi qu'on tâchait d'excuser le défunt.