Note (retour) — CHAPITRE V
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Des trois péninsules de l'Europe méridionale, celle dont la position géographique est la plus heureuse et qui jouit des plus grands avantages naturels est peut-être la presqu'île des Balkhans. Sa forme, beaucoup plus mouvementée que celle de l'Espagne, dépasse même celle de l'Italie en richesse de contours; ses côtes, baignées par quatre mers, sont dentelées de golfes et de ports, frangées de rameaux péninsulaires, bordées d'îles nombreuses. Plusieurs de ses vallées et de ses plaines ne sont pas moins fertiles que les bords du Guadalquivir et les campagnes de la Lombardie; deux zones de végétation s'y rencontrent et mêlent en gracieux paysages les flores de deux climats. Les montagnes de la Turquie, dont on ne songe guère à célébrer la beauté pittoresque, car de rares voyageurs seulement s'y aventurent, ne le cèdent pourtant pas en grâce et en majesté aux chaînes des autres péninsules, et la plupart ont encore le charme que donne la parure des forêts. Il est vrai que, de nos jours, le manque presque absolu de routes les rend moins abordables que les Apennins d'Italie et les «sierras» d'Espagne; toutefois elles sont moins hautes en moyenne, et leurs remparts sont percés d'un grand nombre de brèches; les plateaux qui leur servent d'appui sont aussi beaucoup plus étroits et plus découpés de vallées que les hautes plaines des Castilles. Enfin, tandis que l'Espagne et l'Italie sont complétement fermées au nord par des barrières de montagnes difficiles à franchir, la péninsule turque se rattache au tronc continental par transitions imperceptibles, sans que nulle part la limite soit indiquée par des frontières naturelles. Les rangées des Alpes autrichiennes se continuent sans interruption dans la Bosnie; de même les Carpathes traversent le Danube pour se relier au système des Balkhans. A l'est des Portes-de-Fer, tout rempart de monts a disparu: la Turquie n'est plus bornée au nord que par le cours changeant du Danube, sorte de mer intérieure dont elle garde l'issue 18.