Note (retour) — CHAPITRE IX
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La hauteur considérable des montagnes de la Corse, en comparaison de la superficie de l'île, permet de constater, presque aussi bien que sur l'Etna, l'étagement régulier des climats et des zones de végétation. Le long des côtes et sur les pentes inférieures, jusqu'à une altitude qui varie suivant l'exposition du sol, les plantes ont une physionomie subtropicale et donnent à la contrée un aspect analogue à celui de la Sicile, de l'Espagne du Sud et du littoral d'Algérie. Quelques districts privilégiés par la fertilité spontanée des terres peuvent être comptés parmi les plus belles campagnes des bords de la Méditerranée. Tel est le Campo dell' Oro (ou Campo l'Oro), le «Champ de l'Or», qui entoure la ville d'Ajaccio, et où l'on voit des haies de cactus, grands comme des arbres, limitant les jardins et les vergers. Telles sont aussi les cultures du cap Corse, sur les deux versants de la péninsule montueuse qui s'avance dans la mer au nord de Bastia: c'est le pays des fleurs parfumées et des fruits savoureux, oranges, citrons, cédrats, amandes et raisins. Les oliviers recouvrent en forêts les collines basses du littoral et contrastent par leur feuillage argenté avec la sombre verdure des châtaigniers qui s'élèvent plus haut sur les montagnes et plus avant dans l'intérieur de la contrée. La plus célèbre région des oliviers est celle de la Balagna, qui s'incline vers Calvi, sur le versant nord-occidental de l'île: les arbres de ce canton, que domine, du haut d'un pic, le village bien nommé de Belgodere, ont la réputation d'être les plus beaux des pays méditerranéens et de résister le mieux au froid. Sur le versant opposé de la montagne, du côté de Bastia, une autre vallée renferme l'une des grandes châtaigneraies de la Corse, et nulle part elles n'offrent de plus superbes troncs, des branchages plus touffus. Les châtaignes sont une des principales ressources des bandits et, pendant les diverses guerres civiles et étrangères qui ont dévasté l'île, elles ont fréquemment permis aux vaincus de continuer longtemps la résistance. Elles sont en certains districts de l'île l'élément le plus important de l'alimentation et dispensent l'indigène, assez nonchalant de sa nature, de labourer péniblement des champs de céréales. Aussi quelques économistes ont-ils eu l'idée de faire disparaître les châtaigniers de la Corse, afin d'obliger ainsi les habitants au travail, et pendant deux années de la fin du dix-huitième siècle il fut, en effet, défendu de planter d'autres arbres de cette espèce 146.