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Nouvelle géographie universelle (1/19)

Note (retour) — CHAPITRE IX

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Du côté de l'occident, l'île est profondément découpée par des golfes ramifiés en baies vers lesquels se penchent les vallées des monts et dont quelques-uns ont à l'entrée quatre cents mètres d'eau. Ces golfes ressemblent à des fjords déjà partiellement oblitérés par les alluvions, et peut-être faut-il y voir en effet des indentations de la côte que le séjour des glaciers a longtemps maintenues dans leur forme première; les petits lacs épars dans les cirques élevés des montagnes semblent indiquer l'ancienne action des glaces. C'est là une question géologique des plus intéressantes à résoudre par les observateurs futurs. Sur le versant oriental, ou côté «de Deçà» (di Quà), tourné vers l'Italie, les pentes sont plus douces, les rivières sont plus larges et plus paisibles, quoique toutes innavigables, l'aspect général du pays est moins accidenté: on lui donne parfois le nom de Banda di Dentro ou de «Zone intérieure», pour le distinguer des rivages occidentaux, appelés Banda di Fuori ou «Zone extérieure». Les terrains granitiques du versant oriental de l'île sont recouverts par des formations crétacées et des alluvions modernes, que dominent çà et là des massifs de porphyre et de serpentine; la côte, égalisée par le mouvement des flots, se développe en de longues plages basses, enfermant des étangs qui furent autrefois des golfes. Ces plages, qui semblent avoir été, comme celles de la Sardaigne, légèrement exhaussées pendant la période moderne,--à en juger par les plages étagées au-dessus du flot et les bancs de coquillages émergés,--sont fort insalubres à cause de la putréfaction des algues rejetées sur la rive: les miasmes se forment en si grande abondance au-dessus de certains étangs, qu'un linge blanc suspendu près de l'eau pendant une journée d'été y prend une teinte ineffaçable de rouille. Aussi «l'intempérie» règne sur ces côtes orientales de la Corse, et le séjour n'y est pas moins dangereux qu'il ne l'est en Sardaigne sur les bords des palus de Cagliari et d'Oristano. Le manque de ventilation dans l'atmosphère, joint à la chaleur intense de l'été et souvent à des sécheresses prolongées, est, après l'horizontalité des plages et l'existence des étangs, la grande raison de cette constitution fiévreuse du climat 145. L'hémicycle de hautes montagnes qui s'élève à l'occident arrête les vents d'ouest et de sud-ouest, ainsi que le purifiant mistral. Le bassin maritime qui s'étend à l'est de la Corse se trouve presque séparé du reste de la Méditerranée par les terres qui l'entourent; les calmes y sont beaucoup plus fréquents qu'au large, et les vents qui s'y succèdent sont, en général, plus faibles et plus variables; les lourdes vapeurs qui pèsent sur les côtes de Corse ne sont donc que rarement chassées par de fortes brises et c'est avec le plus grand danger qu'on s'expose à les respirer pendant la saison des chaleurs. De Bastia à Porto-Vecchio il n'y a ni ville ni village sur le littoral même, et, dès la première quinzaine de juillet, presque tous les cultivateurs de la plaine s'enfuient sur les hauteurs pour ne pas être saisis par la fièvre; il ne reste dans la région mortelle qu'un petit nombre de surveillants, d'employés et quelques malheureux habitants du pénitencier de Casabianda, près de l'étang de Diane. Rien de plus mélancolique, de plus désolé que ces plaines, jadis très-peuplées, mais délaissées par l'homme, en dépit de leur riche verdure et de leur extrême fécondité, comme l'ont été, sur le continent, les maremmes de l'Étrurie et la campagne romaine. Récemment quelques plantations d'eucalyptus ont commencé l'oeuvre de restauration de la contrée.

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