Note 18 — SUD-ORANAIS
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Variante des premières notes :
Deux mokhazni du cercle de Géryville, tout jeunes enfants de la steppe d’alfa aux horizons larges, s’assoient l’un en face de l’autre et se mettent à chanter une cantilène plaintive, dont le refrain est un long cri triste qui finit en une sorte de râle désolé.
D’abord ils semblent sommeiller, les yeux clos, et leur voix est comme un susurrement d’eau qui coule :
« Hier, toute la journée, je me suis plaint et j’ai pleuré : — je regrettais ma tente ; je regrettais ma gazelle. — Aujourd’hui le soleil m’a regardé — et le chagrin s’est éloigné de mon cœur. »
Insensiblement, les voix montent, s’affermissent, deviennent plus rapides.
— « Tais-toi, ô mon cœur, et ne pleure pas, ô mon œil ! — Les larmes ne servent de rien. — Nul ne peut obtenir ce qui n’était pas écrit — Et ce qui est écrit, nul ne saurait l’éviter. — Notre pays est le pays de la poudre, — et nos tombeaux sont marqués dans le sable. — Calme-toi, ô mon âme, tais-toi jusqu’à ce que guérisse ta blessure — et si elle ne guérit pas, console-toi, il y a la mort… »
Alors, du cercle des mokhazni, une autre voix s’élève, plus fruste et plus rauque, qui pleure une plainte désolée sur le sort du soldat musulman :
— Dieu m’a abandonné, car je suis un pécheur. — J’ai quitté ma tribu et ma tente ; — j’ai revêtu le burnous bleu ; — j’ai pris pour épouse le fusil. — Les chefs nous annoncent un départ lointain. — Mon cœur est mon avertisseur, il m’annonce une mort prochaine. — Demain, ce sera l’heure qui sonnera : — l’ange de la mort s’approchera. — Sera-ce un Guilil haillonneux ou un Filali sans pitié dont la balle m’anéantira ? — Ceci est parmi les secrets de Dieu. — Et qui priera sur moi la prière des morts ? — Qui pleurera sur ma tombe ? Je mourrai, et nul n’aura pitié de moi. »
Les voix, plus nombreuses, montent dans la nuit tranquille, et les chalumeaux murmurent d’immatérielles tristesses.
Hier, tout le jour j’ai pleuré : J’ai regretté ma tente, J’ai regretté ma gazelle. Aujourd’hui le soleil s’est levé et j’ai souri… Il y en a qui sont allés au Tafilalet, à Béchar, D’autres qui étaient présents, qui ont combattu Aux jours de Timimoune et d’El-Moungar, Dieu les a protégés. D’autres n’ont jamais quitté leurs tentes, Et ceux-là sont morts… La vie est entre les mains de Dieu, Et il n’y a qu’une mort. Ne pense à rien, ne cèle aucune pensée dans ton cœur. Notre pays est le pays de la poudre, Nos tombeaux sont marqués dans le sable, Et ta tombe est ouverte, ô fils de Mimoun !…