Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)
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Le coup de théâtre était imprévu et de grand effet; Napoléon l'avait habilement amené, après avoir préparé et machiné la scène avec un art supérieur. En se livrant inopinément à cet acte de foi en la Russie, il comptait susciter à Dotis les plus décourageantes réflexions sur l'indissolubilité de l'alliance. On ne manquerait point de se dire chez l'ennemi: Pour que l'empereur Napoléon s'offre avec tant d'assurance à remettre sa cause entre les mains d'Alexandre, pour qu'il choisisse ce prince comme arbitre, c'est-à-dire comme juge souverain de la querelle, il faut qu'il s'estime bien sûr de la Russie, qu'il la sente derrière lui, dévouée, obéissante jusqu'à la servilité, prête à le suivre aveuglément et à marcher du même pas. On ne douterait point que cette cour n'eût été pressentie à l'avance, qu'elle ne connût et n'approuvât nos prétentions, qu'elle ne fût disposée à les soutenir; Napoléon avait d'ailleurs fait dire à Metternich, répété à Bubna, que l'ultimatum avait été communiqué à Pétersbourg. Mais l'Autriche ne saurait-elle le prendre au mot, accepter l'arbitrage, attendre la sentence d'Alexandre, dont l'opinion demeurait en fait au moins douteuse? Pour ressentir cette crainte, Napoléon connaissait trop bien la situation de l'adversaire. Il n'ignorait point que le gouvernement autrichien, privé de ses meilleures provinces et de leurs revenus, épuisant ses dernières ressources, éprouvant d'extrêmes difficultés à nourrir et à ravitailler ses troupes, ne saurait se perpétuer plusieurs mois dans un état d'intolérable anxiété, sous peine de périr d'inanition et de langueur; il lui fallait provoquer une solution immédiate, quelle qu'elle fût, combattre ou se soumettre, et Metternich, dans les entretiens d'Altenbourg, avait laissé échapper cette phrase significative: «Nous ne pouvons rester trois mois encore dans cette position; il nous faut la guerre ou la paix 220.» Napoléon pouvait donc en toute sécurité se faire fort des sentiments d'Alexandre, les préjuger, les affirmer, car il savait l'Autriche hors d'état matériellement de les mettre à l'épreuve, de chercher la réalité sous de redoutables apparences, de vérifier si l'épouvantail dressé à ses yeux ne recouvrait que le vide.