Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)
Reading edition
Dans ses entretiens particuliers avec Champagny, il revenait sans cesse à son sujet. Pendant la journée, le soir, à la promenade, au bal, il multipliait les avances. Invité à dîner, il arrivait de bonne heure, et d'un ton caressant: «Causons, disait-il, car ce n'est que de cette manière que nous pourrons faire quelque chose 173.» Et l'on causait à la manière de «diplomates cosmopolites 174», dégagés des passions et des discussions du jour, envisageant les événements d'un point de vue supérieur et s'efforçant d'en tirer la philosophie. On revenait sur le passé; l'alliance avec l'Autriche, disait Metternich, eût été pour Napoléon le vrai moyen d'arriver à ses fins, de pacifier l'Europe et d'abattre l'Angleterre: «l'Empereur a laissé passer à Presbourg le plus beau moment de son règne 175.» Cependant, l'occasion perdue ne saurait-elle se retrouver, et 1809 n'offrait-il pas avec 1805 plus d'un point d'analogie? La France et la Russie, il est vrai, s'étaient étroitement associées, mais pourquoi ne pas admettre l'Autriche dans cette intimité, au lieu de la condamner à une humiliante solitude? «Que nous ne soyons plus dans la situation d'une personne qui, placée dans une chambre avec deux autres, voit chuchoter ces deux autres personnes 176.» On pourrait reprendre d'abord une idée émise par Napoléon avant la rupture, concerter entre les trois empires un ensemble de stipulations, une garantie réciproque, et Metternich se disait que l'Autriche, s'étant glissée en tiers dans l'accord de Tilsit, trouverait bien moyen de le dissoudre, d'évincer et de supplanter la Russie.