Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)
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De plus, cette négociation où il n'avait pas ses coudées franches, où il lui fallait faire face à l'Autriche et traiter obliquement avec la Russie, où il devait à chaque pas, avant de pousser ferme contre l'adversaire, jeter un regard de côté vers Pétersbourg, consulter, interroger Alexandre, scruter cette vivante énigme, l'importunait extrêmement, et il trouvait que cette Russie qui arrêtait tout, qui entravait la paix après s'être effacée pendant la guerre, se faisait payer bien cher pour d'inutiles services. Mais comment suppléer à cette alliée incommode? L'Autriche, il est vrai, s'offrait à nous tenir lieu de Russie, au prix d'une paix sans cessions, au prix d'une complète et généreuse amnistie. Par la bouche de Metternich, par celle de tous les officiers qui avaient pu approcher l'Empereur, elle parlait d'alliance, demandait qu'on mît à l'épreuve la valeur et la fidélité de son concours. Pourquoi, après tout, ne pas tenter cette expérience? Dans la dernière campagne, l'Autriche avait témoigné d'énergie et de vitalité; son armée s'était bravement, noblement comportée, et nos adversaires d'Essling ne s'étaient pas montrés inférieurs à ceux d'Eylau. Certes, l'Autriche pourrait devenir pour notre politique un auxiliaire précieux, le point d'appui véritable, si elle n'avait son gouvernement. Qu'attendre, en effet, d'un souverain tel que l'empereur François, chez lequel les préjugés tiennent lieu de volontés? Qu'attendre d'un prince faible devant l'intrigue, jouet des factions, circonvenu par des hommes haineux et corrompus? «Il est toujours de l'opinion du dernier qui lui parle, et ceux qui auront toujours de l'influence sur lui sont Baldacci et Stadion 197.» Mais on dit cet empereur fatigué de régner, envahi de lassitude et de dégoût. Eh bien! qu'il s'immole au salut de ses peuples, qu'il s'offre en victime expiatoire, qu'il descende du trône pour y placer un homme ferme, pacifique et sensé, comme le grand-duc de Würtzbourg, Napoléon tendra loyalement la main à ce nouveau souverain, lui rendra toutes les provinces de la monarchie, pardonnera à l'Autriche revenue de ses erreurs et fera avec elle une alliance «pour finir les affaires du continent 198», en évitant du même coup de se brouiller avec la Russie, que n'inquiétera plus la perspective d'un déplacement de frontières en Pologne. Plusieurs fois déjà cette idée a effleuré son esprit; aujourd'hui, elle l'attire, le sollicite davantage, et devant Bubna qu'il a fait entrer, qui l'écoute, il poursuit tout haut son rêve, s'y complaît et s'y livre.