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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)

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À la lecture des dépêches de Russie, Napoléon éprouva une impression toute contraire à celle de son ambassadeur. Dans chaque circonstance, Caulaincourt aimait à présupposer la bonne foi d'Alexandre; cette confiance répondait à son noble caractère, satisfaisait son cœur; pour le ramener à un jugement moins favorable sur le monarque qui l'honorait de ses bontés, il était nécessaire de placer sous ses yeux des témoignages clairs et probants. Napoléon partait d'un point de vue différent. Depuis qu'il avait surpris Alexandre, durant la dernière campagne, en flagrant délit de déloyauté, il suspectait toutes ses intentions et, derrière chacun de ses actes, chacune de ses paroles, cherchait l'arrière-pensée. «Je connais les Grecs 323», dira-t-il bientôt, par une comparaison peu flatteuse entre le jeune empereur et les princes du Bas-Empire; mais lui-même ne se privait jamais d'opposer à la duplicité de son allié la finesse aiguë qu'il tenait de la patrie de ses ancêtres. À considérer cet effort mutuel pour se pénétrer et se déjouer, voilé sous les dehors de l'amitié la plus expansive, il semble assister au duel de deux races également maîtresses dans l'art de la dissimulation et de la ruse: c'est la lutte d'un Italien contre un Grec. Dans le cas présent, lisant à travers les faits, retenant, comparant, groupant les circonstances rapportées par son ambassadeur, remarquant l'affectation du Tsar à se réfugier derrière sa mère, à faire intervenir son ministre, sa sœur, Napoléon en conclut qu'Alexandre organisait une mise en scène habile pour éluder la demande sans la décliner ouvertement. La cour de Russie se ménageait, pensa-t-il, des prétextes pour l'éconduire, et il trouva--ce fut sa propre expression--que le jeu n'était pas mal imaginé «pour filer un refus 324». C'est cette pensée, insupportable pour son orgueil, qui prend désormais possession de son esprit: elle va inspirer et régler sa conduite.

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