← Table of contents
Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)

Reading edition

Mais le Tsar ne pourrait-il promettre au moins, si l'Impératrice n'arrivait pas à prendre un parti en vingt jours, de se décider pour elle, d'exiger ou de prononcer lui-même un consentement? Après s'être très naturellement attaché à ménager et à raisonner sa mère, n'en viendrait-il pas, s'il le fallait, à parler en maître? Sur ce point, recherché en cent façons par notre ambassadeur, il se récusait toujours. À l'entendre, le respect dû aux volontés de son père, à l'autorité de sa mère, l'empêchait d'user dans la circonstance des prérogatives de la souveraineté: sa toute-puissance expirait au seuil de Gatchina. Là, sa fonction se réduisait à négocier: il n'était «que l'ambassadeur de l'ambassadeur 319». Encore devait-il, en ce rôle, agir avec d'infinies précautions et ne rien brusquer, dans l'intérêt même de Napoléon et afin de sauvegarder une dignité qui lui était chère. En ami fidèle, il se gardait de découvrir l'Empereur; il s'était tu sur les communications de Caulaincourt, se donnait les airs d'agir spontanément, parlait du mariage «comme d'un projet que les circonstances actuelles peuvent amener». À employer ce système, il allait moins vite, il ne pouvait presser autant que s'il eût argué d'une demande déjà produite et exigeant une réponse; mais il gagnait cet inestimable avantage que Napoléon ne paraissait en rien, que son nom auguste ne serait en aucun cas compromis. À supposer que les scrupules de l'Impératrice ne pussent être vaincus, cette princesse ignorerait toujours que Napoléon avait recherché la main de sa fille, et celui-ci n'aurait point à craindre de sa part de fâcheuses divulgations. Quant à Roumiantsof, c'était la discrétion même; ce qui lui avait été dit «mourrait avec lui». «Je ménage, continuait Alexandre, la délicatesse de l'empereur Napoléon comme je voudrais qu'on ménageât la mienne en pareil cas. Si la chose ne peut s'arranger, il est certain que personne n'en parlera jamais.» Était-ce donc qu'il prévoyait un refus, pour mettre tant de précautions à en atténuer les conséquences? À cette réticence de mauvais augure succédait de sa part une remarque non moins obligeante et aussi peu rassurante; la question se trouvant posée comme il l'avait fait, on demeurait de notre côté parfaitement libre de rétrograder, et Alexandre avait soin de laisser la porte ouverte à cette retraite: «L'empereur Napoléon n'est encore engagé à rien, disait-il, pas même avec moi.»

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings