Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)
Reading edition
À Trianon, dans l'étroit palais, assombri par l'hiver, il retrouve sa tristesse, et la journée s'achève dans une inaction inquiète, dans un désœuvrement qu'il ne peut vaincre 285. Le souvenir des dernières scènes avec Joséphine le poursuit et l'obsède; il voudrait au moins la savoir plus forte, plus résignée, «remise d'aplomb 286»; à huit heures du soir, se rapprochant d'elle par une lettre affectueuse, il essaye de la consoler et de l'affermir; il tâche d'exercer à distance sur cette âme qui lui appartient l'ascendant de sa volonté souveraine et de lui imposer le calme en lui ordonnant d'être heureuse. «Si tu m'es attachée, écrit-il, si tu m'aimes, tu dois te comporter avec force et te placer heureuse... Adieu, mon amie, dors bien, songe que je le veux 287.» Puis, après avoir congédié les personnes admises à son coucher, il ne garde auprès de lui que son fidèle Maret, avec lequel il a pris l'habitude de s'entretenir «en se mettant au lit 288». Revenant alors à la politique, aux affaires, c'est-à-dire à son futur mariage, se remémorant peut-être ce qu'il a appris dans le jour des dispositions peu rassurantes de la Russie, il donne enfin l'ordre de faire quelques ouvertures à l'ambassadeur d'Autriche, en procédant toutefois avec beaucoup de dextérité, de circonspection et de mystère: il importe de parler au prince de Schwartzenberg, mais surtout de l'inciter à parler; d'un trait, Napoléon prescrit la mesure à observer et le but à atteindre: «Il faut, dit-il à Maret, engager l'ambassadeur sans m'engager 289.»