Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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C'est une croyance établie que Napoléon n'eût jamais abandonné Constantinople à la Russie; elle repose sur une tradition confirmée par certains passages du Mémorial. «Constantinople, a dit l'Empereur à Sainte-Hélène, est placée pour être le centre et le siège de la domination universelle 332.» Cependant nous avons entendu Napoléon, dans ses entretiens avec Tolstoï, avec Metternich 333, prévoir et admettre l'établissement des Russes sur le Bosphore: en 1812, dans une conversation tenue avec M. de Narbonne, il a reconnu avoir offert Constantinople à l'empereur Alexandre 334. La contradiction entre ces divers témoignages nous paraît s'expliquer chez Napoléon par des états d'esprit différents et successifs. À Sainte-Hélène, il exprimait ses idées sous une forme théorique et absolue, sans tenir compte des nécessités qui avaient pu en modifier l'application: il composait d'ailleurs ses traits pour la postérité et aimait à se présenter devant elle comme le défenseur de l'indépendance européenne contre une ambition sans mesure. Au contraire, sa confidence à M. de Narbonne semble répondre à l'ordre d'idées tout spécial dans lequel il se trouvait placé en 1808. Demandant à la Russie un grand effort, songeant à se servir d'elle pour porter aux Anglais «le coup de massue 335», il répugnait moins à payer son concours de faveurs extraordinaires.