Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Devant de telles audaces, ses ministres, ses agents, s'arrêtent parfois interdits et lui laissent entendre que l'exécution de ses ordres dépasse la raison et le pouvoir de l'homme. Il s'irrite alors, les malmène durement: «Pour réussir, dit-il, il n'y a pas besoin d'être Dieu, mais de vaincre les obstacles et partager ma volonté, qui est forte 456.» Ce qu'il veut, en effet, c'est de communiquer à tout ce qui l'entoure l'activité brûlante qui l'anime, c'est de faire passer jusqu'au moindre des Français une parcelle de ce grand feu. Ce qu'il exige, c'est un concours unanime d'efforts, de dévouements, d'espérances, tendant directement ou indirectement au même but. Pour atteindre l'Angleterre aux endroits sensibles, il faut agir comme si l'on voulait la frapper partout. Il faut se mettre en mesure non seulement à Brest, à Lorient, à Toulon, à la Spezzia, où s'élève un autre Toulon, dans la rivière de Gênes, sur tous les points où se formeront et d'où s'élanceront les expéditions principales, mais en Hollande, à Boulogne, à Dunkerque, au Havre, à Cherbourg, à Rochefort, à Bordeaux, au Ferrol, à la Corogne, à Lisbonne, à Carthagène, sur les mille lieues de côte où commande la France. Que dans tous les ports on active donc les constructions, on exerce les hommes, on fasse des vaisseaux, on fasse des matelots; que les flottes chargées par l'ennemi de surveiller nos côtes et de bloquer nos rades sentent grossir et s'agiter les forces qui leur sont opposées. Pendant l'été, nos escadres, nos flottilles, seront en état d'appareillage constant; elles passeront d'un port à l'autre, «feront le jeu de barres 457», tiendront l'Angleterre en haleine et «la mettront sur les dents 458». À l'approche du moment décisif, les diversions se prononceront; une nouvelle poussée de nos troupes au Nord, en Scanie, retiendra l'attention des Anglais sur la Baltique; à Flessingue, il y aura une flotte, à Boulogne une flottille appuyée sur un camp, tournées l'une et l'autre vers les îles Britanniques, à Cadix, où sont déjà les vaisseaux de Séniavine, une accumulation de bâtiments, et partout des sorties, des manœuvres, des démonstrations, et «une telle confusion de mouvements que l'ennemi ne puisse pas savoir si tout cela ne doit pas débarquer chez lui 459». C'est cette universelle menace qui permettra de tromper la vigilance des Anglais sur la Méditerranée et peut-être sur l'Océan, de les prévenir en Égypte, en Asie Mineure, peut-être aux Indes, de faire tomber au moins les positions qui couvrent leur empire d'extrême Orient et lui servent d'accès, de mener contre eux cette campagne écrasante où toutes les armées, toutes les marines de l'Europe combattront sous nos ordres, et où l'empereur des Français aura le tsar de Russie comme principal lieutenant.