Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 3)
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Sans doute, l'exécution demeure incertaine, car il est possible que l'on ne s'entende point avec la Russie sur le partage, et d'ailleurs Napoléon n'est pas irrévocablement résolu à briser la puissance ottomane. Si l'on ne va pas en Égypte, on ira à Alger, à Tunis ou en Sicile, mais ces éventualités demeurent au second plan: «Je vais raisonner, écrit Napoléon à Decrès en lui détaillant les mesures à prendre pour l'approvisionnement des troupes et en évaluant les dépenses de l'expédition, dans l'hypothèse qu'elle serait destinée pour l'Égypte 453.» À Clarke, ministre de la guerre, chargé de réunir à Toulon le matériel nécessaire, il adresse cette phrase significative: «Pour mieux comprendre mon idée, comparez ce que je vous demande à ce que possédait l'armée d'Égypte à son débarquement 454.» Le 13 mai, il se dévoile tout à fait; c'est dans une grande dépêche au ministre de la marine, portant sur la corrélation à établir entre toutes les entreprises projetées: il indique les dates auxquelles devront appareiller la flotte de Lorient et celle de Brest, puis continue: «Au même moment, j'enverrai mon escadre de Toulon prendre 20,000 hommes dans le golfe de Tarente pour les porter en Égypte... Le concours de ces opérations, ajoute-t-il, portera l'épouvante à Londres 455.» Après avoir successivement rêvé, dans le cours de sa carrière, d'assaillir l'Angleterre dans les Indes par trois routes, par celle de Suez, en 1796, par celle de l'Asie centrale, en 1800, pendant son premier rapprochement avec la Russie, par celle du Cap, en 1805, il veut aujourd'hui les employer simultanément, y pousser à la fois ses soldats ou ses vaisseaux, et recommencer l'expédition d'Égypte dans le même temps qu'il fera doubler l'Afrique à ses flottes et prononcera sur les frontières de la Perse l'aventureux mouvement rêvé par Paul Ier.