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Napoléon et Alexandre Ier (1/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 2)

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Ainsi, un mois avant la date fixée par le traité de Tilsit, sans avoir reçu de Napoléon un rappel positif,--les instructions envoyées à Savary en novembre, véritable sommation d'agir à l'adresse de la Russie, ne parvinrent à Pétersbourg que vers la fin du mois,--Alexandre se déclarait contre l'Angleterre, et par cette violence faite aux sentiments, aux intérêts matériels de son peuple, donnait à son allié un gage indiscutable de sa bonne foi. Savary, par l'adresse avec laquelle il avait su retourner contre nos adversaires les armes discourtoises dont ils faisaient usage, avait peut-être hâté de quelques jours les mesures extrêmes; il les avait rendues plus brusques et plus éclatantes. Ce serait toutefois exagérer son rôle que d'attribuer à son intervention, si opportunément qu'elle se soit produite, le mérite d'avoir décidé la rupture. Si l'empereur Alexandre se résout alors à la guerre, c'est que l'évolution dont nous avons noté en lui les progrès est désormais parvenue à son terme; l'exécution anticipée de son engagement avec la France lui apparaît comme la contre-partie indispensable de la politique d'action, de revendications positives et pressantes, à laquelle il se fixe irrévocablement en Orient. Jusqu'alors, s'il s'attachait de plus en plus aux espérances que Napoléon lui avait fait concevoir, si l'occasion pour les réaliser lui semblait particulièrement propice, il n'avait osé encore en formuler l'expression; il attendait que l'Empereur parlât le premier et reprît la conversation commencée à Tilsit; désirant de vastes agrandissements, il les subordonnait, dans une certaine mesure, au parti que prendrait Napoléon sur l'ensemble de la question turque; pour le cas où la France préférerait ajourner le partage, il ne se refusait pas tout à fait--des travaux rédigés sous son inspiration en font foi 231--à se contenter d'avantageuses rectifications de frontières en Europe et en Asie. Aujourd'hui, mûries, développées par la réflexion, encouragées par Roumiantsof, ses convoitises s'accentuent et s'enhardissent; il se décide à produire des prétentions, et c'est afin de pouvoir réclamer beaucoup qu'il accorde tout ce qu'il saurait donner, c'est-à-dire un concours empressé contre l'Angleterre. Ayant payé d'avance, il se sentira plus fort pour demander que la France paye à première sommation et, après s'être exécuté correctement, galamment même, se jugera en droit d'exiger chez Napoléon une parfaite réciprocité. L'attentat contre le Danemark lui fournissait un juste motif de rupture; il dissipait ses scrupules et mettait sa conscience à l'aise. Certes, une honorable indignation, à laquelle se joignait le désir de faire éclater dans tous ses actes un raffinement de loyauté, contribua à sa décision, mais n'en fut pas la cause déterminante, et tandis qu'il signait les actes par lesquels il se constituait ennemi de l'Angleterre, ses regards cherchaient au loin les rives du Danube plutôt qu'ils ne s'attachaient aux ruines fumantes de Copenhague.

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